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Cascadia Wildlands Project (CWP)

 

Cascadia Wildlands Project (CWP)

27 janvier 2004, Eugene, OREGON, USA
par Johanne Pelletier et Francis Murchison


Photographie par Brett Cole

La biorégion des Cascades s’étend du nord de la Californie jusqu’à la pointe sud de l’Alaska. Il s’agit d’une forêt majestueuse suivant les montagnes Rocheuses de la côte ouest. Les espèces dominantes telles que le Sapin Douglas (Douglas Fir), la Pruche de l’Ouest (Western Hemlock) et le Cèdre Rouge de l’Ouest (Western Red Cedar) sont connues à travers le monde pour leur stature impressionnante et leur circonférence pouvant atteindre plusieurs mètres. En plus d’abriter une faune importante, la forêt mature protège des bassins versants où vont frayer plusieurs espèces de saumons et d’autres poissons anadromes. Les vieilles forêts des cascades ont par contre subi des coupes drastiques principalement entre les années 50 et 80. Seuls quelques restants de forêt primaire sont encore debout et malheureusement, la coupe continue toujours.

En 1997, un groupe d’activistes d’expérience dans la conservation forestière ont décidé de se mobiliser pour mettre fin à la coupe dans la forêt primaire afin de protéger les zones restantes. Basée à Eugene en Oregon, cette petite organisation a beaucoup de vigueur avec ses cinq employés dont trois à temps plein et deux à temps partiel. Une grande partie de leur travail se fait via l’éducation du public. Ils font des présentations dans les écoles, les campus d’Université, les maisons de personnes âgées, les syndicats et les lieux communautaires. Ils organisent presque toutes les semaines des marches en forêt pour montrer quelles sont les prochaines zones de coupe visées et celles déjà passées sous les dents de la scie. «Les gens expriment vraiment un intérêt et des inquiétudes à voir les derniers peuplements de forêt primaire debout plutôt qu’en position horizontale.» nous disait Josh Laughlin du CWP. En effet, ils ont eu un succès considérable dans le passé à entraîner le public et les politiciens dans les zones de déforestation de forêt primaire, afin de leur montrer que la coupe s’y pratique encore.


Des projets de restauration de l’écosystème forestier


En plus de sensibiliser le public, Cascadia Wildlands Project met de l’avant des projets de restauration des jeunes peuplements forestiers, qu’ils proposent auprès du Service de la Forêt (Forest Service). Ces zones sont des forêts primaires qui ont été coupées il y a plus de cinquante ans et qui repoussent maintenant en des peuplements de même âge. L’organisation promeut une approche nommée Variable Density Thinning ou Éclaircissement à Densité Variable. Celle-ci consiste à éclaircir par la coupe de très petites zones pour tenter de réintroduire une complexité structurelle dans les jeunes peuplements homogènes. Cette approche d’aménagement vise à recréer le chaos retrouver dans les vielles forêts et ainsi ré-instaurer un habitat souhaitable pour des espèces tel que le Northern Spotted Owl. Par ailleurs, leur projet vise aussi à créer des emplois dans la restauration forestière et à permettre de couper du bois sans trop de controverse, tout en évitant les peuplements homogènes.


Sous l’Administration Clinton : Création du Northwest Forest Plan

Dans le but d’en finir avec la coupe en forêt primaire, CWP se porte à la défense de contentieux environnementaux. Pour se faire, il utilise le Northwest Forest Plan qui avait été promulgué sous l’administration Clinton pour résoudre les crises de la Chouette tachetée, de la forêt primaire et de l’emploi en milieu forestier. Ce plan était supposé répondre de façon équilibrée à ces différents intérêts. Il a en effet permis de protéger de nombreuses forêts primaires pour fournir un habitat pour cette espèce menacée, la Chouette tachetée, et d’intégrer le bassin versant dans un plan de conservation. Le Northwest Forest Plan a fourni à l’organisation un outil légal leur permettant d'intenter des poursuites afin que le Service de la Forêt et les compagnies acheteuses respectent les clauses environnementales du plan. Ce dernier a cependant laissé pour compte plusieurs millions d’acres de forêts matures qui sont accessibles à l’industrie forestière et ce sont ces forêts qui se font couper à l’heure actuelle.


Sous l’Administration Bush : Destruction du Northwest Forest Plan

Récemment, l’administration Bush propose de réduire les protections environnementales sur les forêts anciennes. Paraissant à un remboursement face au financement octroyé par les compagnies forestières lors de sa campagne électorale, l’administration Bush retravaille les lois du Northwest Forest Plan. Entre autres, l’administration tente de saper deux composantes majeures de l’étude des impacts environnementaux en amendant la Stratégie d’étude et d’aménagement (Survey and Management Strategy) ainsi que la Stratégie de conservation aquatique (Aquatic Conservation Strategy).
Tout d’abord, la Stratégie d’étude et d’aménagement exigeait du Service de la Forêt et le BLM (Bureau of Land Management) de rechercher les espèces rares ou endémiques à l’intérieur des zones à couper et de protéger ces espèces si elles y sont retrouvées. Il y a plus de 300 espèces sur la liste de la Stratégie d’étude et d’aménagement, incluant des espèces qui ne sont pas sur la Loi sur les Espèces Menacées (Endangered Species Act). Par exemple, le Red tree vole est une des espèces peu connues et dont l’on tente de recueillir plus d’informations. Ainsi, le Service de la Forêt avait besoin de vérifier la présence de ces espèces avant de procéder à la vente d’une concession forestière. Ceci ralentit donc les efforts pour planifier les ventes de concession dans les forêts primaires qui sont riches en biodiversité. L’industrie forestière a poursuivi le gouvernement revendiquant la stricte observance de la Loi sur les Espèces Menacées. En réaction, l’administration Bush prévoit éliminer la Stratégie d’étude et aménagement.
Ensuite, la Stratégie de la conservation aquatique offre une protection pour le saumon et d’autres espèces de poissons. L’administration Bush propose d’éliminer les exigences vis-à-vis du Service de la Forêt et du BLM, de démontrer que la coupe sur les concessions forestières n’aura pas d’impacts sur les ruisseaux ou sur les poissons. Cette clause avait déjà permis à CWP et d’autres groupes de la région de mettre plus d’une douzaine de concessions forestières en attente parce qu’elles violaient la Stratégie de la conservation aquatique.


Et toujours, la coupe continue.

Tout le long de la route, nous avons rencontré de nombreuses personnes de tous âges qui étaient fort concernées par la situation des forêts. Des activistes qui revenaient de passer quelque mois grimpés aux arbres nous ont confié leur déception face au manque d’écoute que reçoivent leurs revendications. Nous avons aussi croisé un grand nombre de camions transportant des billots qui provenaient de forêts matures. Quoique la forêt puisse se renouveler, ce n’est pas en une vie humaine que repoussera un arbre de huit pieds de diamètre.
Par ailleurs, même en valorisant un mode de gestion forestière selon les concepts a la mode de développement durable; les intérêts environnementaux, sociaux et économiques ne reçoivent pas la même attention. L’économique et les gouvernements à la place d’honneur, malgré les revendications citoyennes, continuent de se porter garants des valeurs néo-libérales comme de la seule marche à suivre. L’équation est simple : la ressource forestière est limitée et pour continuer à obtenir de la plus-value, les compagnies doivent couper de plus en plus. Il en découle une disparition des forêts primaires et matures. La tendance générale observée au Nord est une soumission des gouvernements face aux menaces de congédiement des compagnies privées, suivant le mythe qu’elles sont les seules capables de créer des emplois. Au sud, c’est le déplacement des compagnies au gré de la forêt et de la main d’œuvre à bas prix.
Cependant, plusieurs exemples prouvent que la lutte pour mettre un frein à la coupe donne des résultats positifs à l’échelle locale. Il reste donc à plus de gens à s’organiser pour faire respecter d’autres intérêts que l’économique et de joindre Cascadia Wildlands Project dans un effort collectif pour protéger les forêts primaires et matures.


Cascadia Wildlands Project
P.O. Box 10455
Eugene, OR 97440
Tel.: (541) 434-1463
Fax : (541) 434-1465
www.cascwild.org
cascwild@efn.org