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SINTI TECHAN

 

CODDEFFAGOLF
Comité para la Defensa y Desarrollo de la Flora y Fauna del Golfo de Fonseca

31 octobre 2004, San Lorenzo, Honduras
Écrit par Johanne Pelletier et Francis Murchison

 

Un cri d’oiseau, le pélican plonge en flèche du haut des airs. En pirogue, nous avançons sous les coups de rame du jeune garçon et d’un autre pêcheur à la peau tannée par le soleil. Ils nous font pénétrer dans cette forêt féerique où ces arbres, les palétuviers, montés sur leurs racines-échasses retiennent le sol, à mi-chemin entre l’eau et la terre. Une femme et son fils s’affairent à pêcher dans les eaux tranquilles ce qui sera le repas du soir. Les gens d’ici vivent sobrement de la pêche depuis des générations. Pour ces honduriens, le Golf de Fonseca n’appartient à personne mais est partagé par tous.

Le Golf de Fonseca est un endroit particulier qui a été déclaré le site de Ramsar 1000 par la Convention sur la conservation des milieux humides en 2002 et où l’on retrouve des forêts de mangroves, des lagunes, des estuaires et d’autres milieux humides côtiers. Ces écosystèmes soutiennent une importante biodiversité et servent entre autre de refuges pour les oiseaux migrateurs. La forêt de mangroves en particulier, qui a diminué drastiquement partout à travers le monde, est le lieu privilégié par la faune aquatique pour se protéger et se nourrir durant une partie de son cycle vitale. La présence de la forêt de mangroves protège la côte des tempêtes tropicales et de l’érosion des sols. Elle protège aussi la nappe phréatique et les réseaux d’eaux douces et fournit du bois pour les habitants de la région.
Cependant, le développement du Golf envisagé par les industriels, le gouvernement et les institutions financières internationales vient menacer la façon de vivre de ces gens ainsi que les milieux humides fragiles dans lesquels ils vivent.


L’invasion des crevetticulteurs!

Dans la ville portuaire de San Lorenzo, nous allons rencontrer Justo Rufino Garcia, un technicien des pêches aussi président de la Junte directive de CODDEFFAGOLF, le Comité pour la défense et le développement de la flore et la faune du Golf de Foncesa. L’organisation a été créée il y a une quinzaine d’années pour promouvoir un développement durable et la conservation du golf et ce, en grande partie en réaction à une industrie montante, celle de l’aquaculture de la crevette.

De ce fait, l’industrie de l’aquaculture de crevette est un réel archétype des industries rendues possibles par le système économique capitaliste de notre monde globalisé. Elle n’existerait pas si les coûts externes, c’est-à-dire les impacts environnementaux et sociaux, étaient d’une façon ou d’une autre prise en compte dans les coûts à acquitter par l’entreprise. Pourtant, on assiste au développement de cette industrie un peu partout dans les pays du tiers-monde. Dans leur langage fleuri frôlant le sadisme, les plans de développement de la Banque Mondiale et la Corporation Financière Internationale annoncent une aide financière qui devra « assurer un développement durable et une réduction de la pauvreté » par l’aquaculture de la crevette au Honduras. Les résultats dans le Golf de Fonseca ont plutôt été des dommages environnementaux sérieux, une augmentation de la pauvreté et de la précarité pour les habitants de la zone ainsi qu’une violence sociale inconnue jusqu’alors.

Ainsi, pour débuter leur aquaculture de crevettes, les industriels doivent couper la forêt de mangrove pour creuser les étangs. L’approvisionnement de larves de crevettes se fait souvent par la pêche en milieu naturel, tuant du même coup d’autres larves de poissons et de crustacées. Mises en étangs, les larves de crevettes sont alors traitées par des antibiotiques et nourries avec de la nourriture granulée industrielle fabriquée à base de farine de poissons. Les eaux contaminées des étangs par la matière fécale, les produits chimiques et les antibiotiques se retrouvent ensuite dans le golf. L’industrie est rentable pour une période de 3 à 5 ans et permet de récolter des profits élevés rapidement. Ensuite, le rendement décroît et les risques d’épidémie augmentent. C’est alors que les industriels préfèrent changer d’endroit. Le milieu dégradé prend alors de nombreuses années avant d’être à nouveau propice au rétablissement des espèces locales.

Ainsi, en conséquence de l’aquaculture de crevette, les habitants du Golf de Fonseca ont perdu leur site de pêche traditionnel, ils ont noté une chute importante des stocks de poissons à cause de la pollution et de la capture des larves et leur condition de vie en a été fortement dégradée. Plus d’une douzaine de pêcheurs ont été assassinés par les gardes armés surveillant les étangs d’aquaculture. Ce bilan n’inclut pas les dommages importants réalisés au niveau de la faune et la flore du Golf de Fonseca.


CODDEFFAGOLF contre-attaque!

Comme nous raconte Justo, les habitants du golf ne sont pas restés les bras croisés et ils se sont organisés pendant que les industriels recevaient des concessions territoriales par la main du Gouvernement du Honduras. Suite à leurs pressions, ce dernier a déclaré plusieurs zones protégées dans le Golf. CODDEFFAGOLF a réussit à obtenir trois moratoires sur le développement économique, dont un sur l’aquaculture de crevettes. Malheureusement, les industriels ont continué à installer de nouvelles aquacultures de façon illégale.
Par ailleurs, en réaction au statu quo du gouvernement pour protéger les ressources du pays, l’organisation a planifié son propre réseau de surveillance. Divisée en seize comités pour couvrir le territoire du golf, chaque zone possède un bénévole qui se rapporte chaque jour au bureau de San Lorenzo par radio-émetteur. Il est en charge de surveiller la présence d’activités irrégulières pouvant nuire à la faune et la flore, et d’avertir en cas d’urgence les autorités locales.

Grâce à l’aide internationale, l’organisation a entrepris plusieurs projets de développement durable comme entre autre l’élevage du poisson Tilapia et la culture du melon d’eau. Elle a aussi démarré un centre de documentation au bureau de San Lorenzo. CODDEFFAGOLF a participé à équiper la ville de San Lorenzo de poubelles et à créer un dépotoir pour les différentes communautés autour du golf. Elle s’active à développer une conscience environnementale chez les pêcheurs et les autres habitants du Golf de Fonseca.

Pour faire pencher le gouvernement, CODDEFFAGOLF a organisé des manifestations à Tegucigalpa où plus de 30 000 personnes étaient présentes pour réclamer la protection du Golf de Fonseca, nous conte Justo qui est très inspiré par la participation des pêcheurs et des habitants de la zone. L’organisation s’est aussi jointe à des manifestations contre la Zone de Libre-Échange des Amériques (ALCA), les politiques de privatisation du gouvernement et le Plan Puebla-Panama (PPP).

Finalement, malgré les pressions provenant d’autres industries comme Ultramares, la filiale d’une industrie minière canadienne, CODDEFFAGOLF continue de protéger les écosystèmes fragiles qui constituent le Golf de Fonseca. C’est parce qu’il s’agit pour les pêcheurs et les habitants de cette zone d’une question de survie et de conservation de leur mode de vie qu’ils y mettent autant de cœur.


CODDEFFAGOLF

Comité para la Defensa y Desarrollo de la Flora y Fauna del Golfo de Fonseca
Bo. El Centro, San Lorenzo, Valle
Tel/Fax: (504) 881-2016
www.coddeffagolf.org