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Mamá Maquín

 

Mamá Maquín

11 septembre 2004, Guatemala, Guatemala
Écrit par Johanne Pelletier et Francis Murchison

 

Petite introduction historique sur le Guatemala…

Le Guatemala est le pays le plus peuplé d’Amérique Centrale avec ses dix millions d’habitants, dont 60% sont indigènes d’origine maya. Durant la première moitié du vingtième siècle, le pays a été tourmenté par des cycles de dictature et par une placide inégalité sociale, alors que 2% des riches propriétaires possédaient 70% des terres arables. En 1945 débute les « 10 ans de Printemps », une période qui instaure une première lueur de démocratie avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement modéré de Juan Jose Arevalo. Certaines mesures sont créées pour améliorer les conditions de vie des gens durant cette période. Ainsi, en 1951, le successeur à la présidence, Jacobo Arbenz Guzman initie un projet de réforme agraire. Ces changements déplaisent farouchement à l’oligarchie des grands propriétaires agricoles et de leurs intérêts financiers; entre autre à la United Fruit Company, une entreprise américaine, qui détient 42% des terres cultivables et contrôle le réseau de chemins de fer du pays.

En 1954, un coup d’État supporté clandestinement par les États-Unis sous prétexte d’une menace communiste conduit au pouvoir le Colonel Castillo Armas. Commence ainsi les trente-six ans de terreur menées par des dictateurs successifs qui serviront évidemment la classe des bien nantis et les intérêts américains. Suite à la prise de pouvoir par l’armée jusqu’aux années 90, le gouvernement américain et la CIA ont apporté une aide directe à l’Armée guatémaltèque en fournissant des armes, de l’entraînement militaire et des fonds monétaires.

Suite au coup d’État, les généraux et colonels à la tête du pays font tuer en toute impunité des étudiants, des journalistes, des professeurs, des artistes, des leaders syndicaux, des professionnels et des paysans afin d’éliminer la dissidence. Avec la violente répression, la colère augmente parmi la population rurale et parmi les communautés indigènes mayas; une armée guérilla s’organise.
Vers le milieu des années soixante, les Bérets verts sont envoyés au Guatemala pour créer l’armée la plus puissante et sophistiquée d’Amérique centrale, une gigantesque machine à tuer. La CIA fournit des listes de suspects à éliminer et engage des agents guatémaltèques pour réaliser des opérations clandestines menant à des crimes contre l’humanité. Apparaissent aussi pour la première fois en Amérique Latine les Escadrons de la mort. Toujours en lien avec la CIA, l’armée guatémaltèque ouvre des centres de torture et des décharges pour les corps des victimes partout dans le pays.

Vers le début des années des années 70, les guérillas ont été balayées en grande majorité. L’Armée du Guatemala est qualifiée comme la plus répressive d’Amérique Latine. Pendant cette période, Israël apportera aussi une aide importante aux militaires en fournissant des armes, entraînant des soldats et construisant des usines de munitions.

Par la suite, les années quatre-vingt sont marquées par des massacres et une répression barbare vis-à-vis des populations indigènes. L’exode de ces populations y atteint son point culminant et plus de 100 000 personnes se réfugient au Mexique.

Finalement, les Accords de Paix seront signés en 1996. Selon la Commission de la Vérité mise en place sous l’égide de l’Organisation des nations unies, la guerre civile mènera à un génocide, avec la mort et la disparition de plus de 200 000 personnes. L’État guatémaltèque a perpétré plus de 600 massacres, des exterminations de masses dans les communautés mayas incluant les enfants, les femmes et les personnes âgées, des actes de tortures et de cruautés auprès des victimes, des exécutions arbitraires, des viols de femmes, des tactiques contre-révolutionnaires incluant propagande, intimidation et guerre psychologique.


Les dernières années à la recherche d’espoir.

L’année 2003 a été marquée par des élections présidentielles. Effrain Rios Montt, un ex-dictateur accusé de crimes contre l’humanité pour la mort ou disparition de plus de 20 000 personnes sous son régime (17 mois), a réussi par un tour de force à présenter sa candidature aux élections. Heureusement, Oscar Berger a remporté la présidence, succédant à Alfonso Portillo qui s’est maintenant réfugié au Mexique et est accusé de corruption à grande échelle.

Au niveau économique, le Congrès guatémaltèque devrait se positionner par rapport à l’Accord de Libre-Échange Centre-américain* dans les mois qui suivent. Tout laisse croire que l’Accord entrera en vigueur au début de l’année 2005. Aussi, lancé par Vicente Fox, président du Mexique, le Plan Puebla-Panama trace les axes d’un développement jamais vu dans cette région, avec la construction d’infrastructures qui permettront et faciliteront l’exploitation et l’extraction des ressources par le capital étranger, en particulier Américain. Les investisseurs sauront aussi profiter d’une main-d’œuvre habituée à des conditions répressives et des salaires de misère. L’avenir reste donc dans l’incertitude pour la population du Guatemala qui mériterait pourtant enfin paix et justice.

* Connu sous le nom de CAFTA (Central American Free Trade Agreement) en anglais et TLCCA en Espagnol, il s’agît d’un accord de libre-échange entre les États-Unis, le Guatemala, le El Salvador, le Honduras, le Nicaragua et le Costa Rica. Cette intégration économique se veut un premier pas pour stimuler les négociations sur la Zone de Libre-Échange des Amériques. Alors que les documents ne sont pas rendus accessibles à ces populations, il est possible de penser que le contenu de l’accord sera peut-être équivalent à ce que l’on retrouve dans l’ALENA (Accord de Libre-Échange Nord-Américain).

Dans le début des années 80, les indigènes d’origine maya du Guatemala ont commencé à se réfugier au Mexique pour fuir la guerre civile et les massacres dans leurs communautés. Quelques années plus tard, une organisation est née suite à une rencontre avec 47 représentantes des différents groupes de femmes installés dans ces camps de réfugiés mexicains. Cette organisation s’appelle Mamá Maquín en souvenir d’Adelina Caal Maquín, une militante indigène luttant pour les droits à la terre, tuée lors d’un massacre dans le village de Panzos en 1978.

Au début des années 90, ce sont plus de 9000 femmes qui participaient depuis 128 camps de réfugiés. Ensembles, ces femmes guatémaltèques ont décidé de lutter pour l’égalité des droits de participation et de décision entre les femmes et les hommes et pour la défense de leur culture indigène. Elles se sont engagées à assurer un retour digne à leur pays avec la participation des femmes et de construire la démocratie dans leurs maisons, leurs communautés et leur pays.


Les obstacles du retour

C’est entre les années 1994 et 1998 que s’organise le retour au pays. Par le biais de l’organisation, les femmes de Mamá Maquín réussissent à aller chercher un support auprès de différentes instances internationales. Cependant, alors que les intégrantes de l’organisation retournent au Guatemala, elles se retrouvent devant un manque de communication dû à la dispersion et à l’éloignement des leaders dans différentes communautés et départements.

De plus, plusieurs hommes se servent de l’organisation des femmes pour obtenir des terres et du support logistique, alors qu’une fois installés, ils souhaitaient seulement voir les femmes reprendre leur place d’avant l’exil : « Les hommes pensent : pourquoi les femmes s’organiseraient-elles? Il est mieux qu’elles restent à la maison pendant qu’eux prendront les décisions pour la communauté. » nous disait Vilma Gonzales au bureau de Mamá Maquín dans la ville de Guatemala.
Les femmes de Mamà Maquín font aussi face à beaucoup de répressions de la part des hommes. Elles reçoivent des menaces, sont victimes de harcèlement et se retrouvent devant un manque d’appui des hommes dans les communautés. Par exemple, en 1997 le bureau situé à Pueblo Nuevo, Ixcán succombe à un incendie suite à des menaces et des accusations auprès des leaders dans les communautés. L’année suivante, elles reçoivent des menaces de morts et des assauts à leur bureau.

Évidemment, cette situation difficile découragea beaucoup de ces femmes et plusieurs délaissèrent l’organisation. Les effectifs de Mamá Maquín ont drastiquement baissé pour atteindre 1500 participantes.


Le lot quotidien des femmes indigènes guatémaltèques

« Lorsqu’on parle de la situation des femmes indigènes du Guatemala, il est important de comprendre la diversité et la complexité de ce que vivent les femmes appartenant à des régions et des cultures différentes*» nous disait Vilma Gonzalez.

«Les hommes vont à l’école mais pas les femmes. En général, les hommes pensent que la femme ne ressent pas et ne pense pas, qu’elle existe pour faire des enfants et le travail à la maison. Les femmes n’ont aucun pouvoir. Aussi, elles sont mal vues par les hommes mais aussi par d’autres femmes si elles sortent de la communauté ou de la maison, sauf pour aller à l’église ou au marché » affirmait Vilma.

En effet, les femmes n’ont pas accès aux organisations collectives comme les coopératives et les municipalités. Le travail qu’elles réalisent aux champs ou à la maison n’est pas reconnu comme un apport significatif au sein des coopératives et associations. Souvent, elles vont remplir les charges et les responsabilités de la coopérative sans qu’en découlent le droit de parole et de vote qu’ont les hommes. Dès leur jeune âge, elles doivent s’occuper des tâches ménagères et des frères et sœurs plus jeunes. Ensuite, elles se marient vers 18 ans et doivent alors élever leurs propres enfants.

Aussi, la pratique de la dot existe encore dans certaines régions : «Elle consiste à dédommager le père pour les dépenses qu’il a engagé en offrant une somme considérable en échange de la main de sa fille. Dans ce cas, nous croyons qu’il s’agit essentiellement de la vente de la femme » racontait Vilma.


Refondation de Mamá Maquín et un nouveau départ

Avec tout le remus-ménage du retour, Mamá Maquín a dû reconstituer ses bases. À travers le nouveau contexte au Guatemala, l’organisation a procédée à une période de refondation qui visait à ouvrir un chemin où, pas à pas, avancerait Mamá Maquín. Les coordonnatrices et fondatrices de Mamá Maquín ont vu la capacité de maintenir l’organisation à partir de leur maison, malgré les menaces et l’isolement. Elles ont aussi constaté leur capacité collective de s’organiser pour lutter pour l’égalité en tant que femmes, pauvres et indigènes.

Pour réaliser leurs objectifs, elles organisent leur travail en quatre grands axes : l’organisation, la santé, la participation politique et citoyenne et la terre.
En premier lieu, pour fortifier l’organisation, elles s’activent à améliorer la communication et la coordination des activités et à encourager la participation. Elles ont démarré une école d’autoformation régionale durant quelques jours chaque mois en alliance avec deux organisations sœurs : Madre Tierra et Ixmucané. L’école reçoit 40 femmes dont 20 participantes de Mamá Maquín.
Au niveau de la santé, les femmes de Mamá Maquín désirent récupérer leur médecine traditionnelle et la nutrition par les plantes. Elles veulent aussi accompagner les femmes à accomplir une étape difficile qui est le changement de leur propre mentalité. «Les femmes elles-mêmes ont à changer beaucoup leur mentalité pour demander leurs droits. Le changement implique beaucoup de douleur, travail et répression. C’est un processus de changement très long.» nous signalait Vilma. L’organisation fournit aussi des ateliers sur la violence contre les femmes.

Troisièmement, à travers la participation politique et citoyenne, Mamá Maquín demande un espace pour les femmes. Elle demande que leur droit de parole et de participation soit respecté et que leurs opinions soient prises en compte à la maison, dans les assemblées de leurs communautés, dans les réunions municipales et dans le pays. Actuellement, les femmes de Mamá Maquín se préparent à participer dans les nouveaux Conseils de Développement Communautaire (Consejos de Desarollo Comunitario) où la loi prescrit un nombre égal d’hommes et de femmes. Cette exigence n’est pas respectée par les autorités municipales qui choisissent les représentants du Conseil. Ces femmes veulent donc exiger la place qui leur revient et présenter leurs recommandations au Conseil.

En dernier lieu, leur principal cheval de bataille, c’est la terre. Cet élément est réellement au centre de leur préoccupation en tant que paysannes et indigènes. Elles demandent la « copropriété de la terre, la participation avec droit de parole et de vote (con voz y voto) dans les coopératives et les associations, la reconnaissance de notre travail à la maison, dans les champs et dans la communauté comme un apport dans les coopératives et les associations. » explique Maria Domingo, nouant ses longs cheveux au début de sa journée de réunions et de rencontres. Avec leur lutte, elles ont réussi à permettre aux veuves et aux mères monoparentales de participer dans les coopératives ou associations, principaux lieux d’organisation des paysans. Cependant, les femmes mariées sont exclues de ces lieux de participation et font face à de nombreuses conditions les empêchant d’être sociétaires malgré leur droit selon la loi régissant les coopératives. Mamá Maquín exige donc la copropriété de la terre pour les femmes mariées qui en cas de séparation ou de la mort du mari, se retrouvent à la rue et sans recours, souvent avec les enfants.

« Mais être propriétaire de la terre, ce n’est pas tout » signalait Maria Domingo, «depuis 2001, nous avons commencé à analyser cette question de propriété dans le contexte de la mondialisation avec la venue de l’Accord de Libre-Échange Centre Américain, le Plan Puebla-Panamá et la Zone de Libre-Échange des Amériques. Il est difficile pour nous de vraiment savoir qu’arrivera-t-il avec les terres indigènes. Aussi, il y a la question de la propriété collective des terres indigènes que nous voulons garder face à la propriété individuelle qui existe depuis peu dans certaines communautés et que nous voudrions revoir changer en propriété collective. »

Finalement, malgré une difficile période causée par le retour au pays depuis les camps de réfugiés du Mexique, les femmes pauvres, paysannes et indigènes du Guatemala continuent leur lutte pour l’égalité entre homme et femme, entre indigène et ladino (métisse) et pour la copropriété. Les pieds bien ancrés dans leur culture et leurs traditions, Mamá Maquín demande une place digne pour les femmes indigènes guatémaltèques à la maison, dans la communauté et dans le pays. Trop longtemps mises de côté, la participation et la motivation des femmes indigènes à s’organiser sous le nom de Mamá Maquín est un merveilleux exemple d’un espoir qui naît pour le Guatemala, d’arriver à une société plus juste et inclusive.

Mujer Guatemalteca

En el fondo de mi corazón y pensamiento de mujer,
Que da la vida, mujer que sufrió y ama a Guatemala
sin medir esfuerzo alguno.

Un día las intelectuales y políticas de mi país serán interrogadas por
la mujer sencilla de mi pueblo, se les preguntara sobre lo que
hicieron, cuando la patria se apagaba lentamente durante el conflicto
armado interno.

Con la firma de los acuerdos de paz, nace la esperanza,
que un día Guatemala será distinta.

Admiro a la mujer que con valor se organizo para luchar para un
cambio y hacer valer su dignidad de mujer.

Hoy ya tiene la edad de una niña de doce años,
quien lleva el nombre MAMA MAQUIN,
ejemplo de mujeres refugiadas para Centro América,
golpe para los corruptos y esperanza para las marginadas.

Guatemala. Las mujeres con ternura, con valentía y sabiduría te
prometemos luchar para que tu belleza de naturaleza
no siga destruyendo.

No permitiremos limpiar con lagrimas el sufrimiento del pueblo,
mujer que sufriste la guerra instas a que las armas no son la solución
de los problemas.

Tu fuerza y manos unidas aumentan día a día
la fe y esperanza del mañana.

Candelaria Montejo Silvestre


*Il y a près de 20 groupes ethniques mayas au Guatemala.