Petite
introduction historique sur le Guatemala…
Le Guatemala est le pays le plus peuplé d’Amérique
Centrale avec ses dix millions d’habitants, dont 60% sont indigènes
d’origine maya. Durant la première moitié du vingtième
siècle, le pays a été tourmenté par des
cycles de dictature et par une placide inégalité sociale,
alors que 2% des riches propriétaires possédaient 70%
des terres arables. En 1945 débute les « 10 ans de Printemps
», une période qui instaure une première lueur
de démocratie avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement
modéré de Juan Jose Arevalo. Certaines mesures sont
créées pour améliorer les conditions de vie des
gens durant cette période. Ainsi, en 1951, le successeur à
la présidence, Jacobo Arbenz Guzman initie un projet de réforme
agraire. Ces changements déplaisent farouchement à l’oligarchie
des grands propriétaires agricoles et de leurs intérêts
financiers; entre autre à la United Fruit Company, une entreprise
américaine, qui détient 42% des terres cultivables et
contrôle le réseau de chemins de fer du pays.
En
1954, un coup d’État supporté clandestinement
par les États-Unis sous prétexte d’une menace
communiste conduit au pouvoir le Colonel Castillo Armas. Commence
ainsi les trente-six ans de terreur menées par des dictateurs
successifs qui serviront évidemment la classe des bien nantis
et les intérêts américains. Suite à la
prise de pouvoir par l’armée jusqu’aux années
90, le gouvernement américain et la CIA ont apporté
une aide directe à l’Armée guatémaltèque
en fournissant des armes, de l’entraînement militaire
et des fonds monétaires.
Suite
au coup d’État, les généraux et colonels
à la tête du pays font tuer en toute impunité
des étudiants, des journalistes, des professeurs, des artistes,
des leaders syndicaux, des professionnels et des paysans afin d’éliminer
la dissidence. Avec la violente répression, la colère
augmente parmi la population rurale et parmi les communautés
indigènes mayas; une armée guérilla s’organise.
Vers le milieu des années soixante, les Bérets verts
sont envoyés au Guatemala pour créer l’armée
la plus puissante et sophistiquée d’Amérique centrale,
une gigantesque machine à tuer. La CIA fournit des listes de
suspects à éliminer et engage des agents guatémaltèques
pour réaliser des opérations clandestines menant à
des crimes contre l’humanité. Apparaissent aussi pour
la première fois en Amérique Latine les Escadrons de
la mort. Toujours en lien avec la CIA, l’armée guatémaltèque
ouvre des centres de torture et des décharges pour les corps
des victimes partout dans le pays.
Vers
le début des années des années 70, les guérillas
ont été balayées en grande majorité. L’Armée
du Guatemala est qualifiée comme la plus répressive
d’Amérique Latine. Pendant cette période, Israël
apportera aussi une aide importante aux militaires en fournissant
des armes, entraînant des soldats et construisant des usines
de munitions.
Par
la suite, les années quatre-vingt sont marquées par
des massacres et une répression barbare vis-à-vis des
populations indigènes. L’exode de ces populations y atteint
son point culminant et plus de 100 000 personnes se réfugient
au Mexique.
Finalement,
les Accords de Paix seront signés en 1996. Selon la Commission
de la Vérité mise en place sous l’égide
de l’Organisation des nations unies, la guerre civile mènera
à un génocide, avec la mort et la disparition de plus
de 200 000 personnes. L’État guatémaltèque
a perpétré plus de 600 massacres, des exterminations
de masses dans les communautés mayas incluant les enfants,
les femmes et les personnes âgées, des actes de tortures
et de cruautés auprès des victimes, des exécutions
arbitraires, des viols de femmes, des tactiques contre-révolutionnaires
incluant propagande, intimidation et guerre psychologique.
Les dernières années à la recherche d’espoir.
L’année 2003 a été marquée par des
élections présidentielles. Effrain Rios Montt, un ex-dictateur
accusé de crimes contre l’humanité pour la mort
ou disparition de plus de 20 000 personnes sous son régime
(17 mois), a réussi par un tour de force à présenter
sa candidature aux élections. Heureusement, Oscar Berger a
remporté la présidence, succédant à Alfonso
Portillo qui s’est maintenant réfugié au Mexique
et est accusé de corruption à grande échelle.
Au
niveau économique, le Congrès guatémaltèque
devrait se positionner par rapport à l’Accord de Libre-Échange
Centre-américain* dans les mois qui suivent. Tout laisse croire
que l’Accord entrera en vigueur au début de l’année
2005. Aussi, lancé par Vicente Fox, président du Mexique,
le Plan Puebla-Panama trace les axes d’un développement
jamais vu dans cette région, avec la construction d’infrastructures
qui permettront et faciliteront l’exploitation et l’extraction
des ressources par le capital étranger, en particulier Américain.
Les investisseurs sauront aussi profiter d’une main-d’œuvre
habituée à des conditions répressives et des
salaires de misère. L’avenir reste donc dans l’incertitude
pour la population du Guatemala qui mériterait pourtant enfin
paix et justice.
*
Connu sous le nom de CAFTA (Central American Free Trade Agreement)
en anglais et TLCCA en Espagnol, il s’agît d’un
accord de libre-échange entre les États-Unis, le Guatemala,
le El Salvador, le Honduras, le Nicaragua et le Costa Rica. Cette
intégration économique se veut un premier pas pour stimuler
les négociations sur la Zone de Libre-Échange des Amériques.
Alors que les documents ne sont pas rendus accessibles à ces
populations, il est possible de penser que le contenu de l’accord
sera peut-être équivalent à ce que l’on
retrouve dans l’ALENA (Accord de Libre-Échange Nord-Américain).
Dans le début des années 80, les indigènes d’origine
maya du Guatemala ont commencé à se réfugier
au Mexique pour fuir la guerre civile et les massacres dans leurs
communautés. Quelques années plus tard, une organisation
est née suite à une rencontre avec 47 représentantes
des différents groupes de femmes installés dans ces
camps de réfugiés mexicains. Cette organisation s’appelle
Mamá Maquín en souvenir d’Adelina Caal Maquín,
une militante indigène luttant pour les droits à la
terre, tuée lors d’un massacre dans le village de Panzos
en 1978.
Au
début des années 90, ce sont plus de 9000 femmes qui
participaient depuis 128 camps de réfugiés. Ensembles,
ces femmes guatémaltèques ont décidé de
lutter pour l’égalité des droits de participation
et de décision entre les femmes et les hommes et pour la défense
de leur culture indigène. Elles se sont engagées à
assurer un retour digne à leur pays avec la participation des
femmes et de construire la démocratie dans leurs maisons, leurs
communautés et leur pays.
Les obstacles du retour
C’est entre les années 1994 et 1998 que s’organise
le retour au pays. Par le biais de l’organisation, les femmes
de Mamá Maquín réussissent à aller chercher
un support auprès de différentes instances internationales.
Cependant, alors que les intégrantes de l’organisation
retournent au Guatemala, elles se retrouvent devant un manque de communication
dû à la dispersion et à l’éloignement
des leaders dans différentes communautés et départements.
De
plus, plusieurs hommes se servent de l’organisation des femmes
pour obtenir des terres et du support logistique, alors qu’une
fois installés, ils souhaitaient seulement voir les femmes
reprendre leur place d’avant l’exil : « Les hommes
pensent : pourquoi les femmes s’organiseraient-elles? Il est
mieux qu’elles restent à la maison pendant qu’eux
prendront les décisions pour la communauté. »
nous disait Vilma Gonzales au bureau de Mamá Maquín
dans la ville de Guatemala.
Les femmes de Mamà Maquín font aussi face à beaucoup
de répressions de la part des hommes. Elles reçoivent
des menaces, sont victimes de harcèlement et se retrouvent
devant un manque d’appui des hommes dans les communautés.
Par exemple, en 1997 le bureau situé à Pueblo Nuevo,
Ixcán succombe à un incendie suite à des menaces
et des accusations auprès des leaders dans les communautés.
L’année suivante, elles reçoivent des menaces
de morts et des assauts à leur bureau.
Évidemment,
cette situation difficile découragea beaucoup de ces femmes
et plusieurs délaissèrent l’organisation. Les
effectifs de Mamá Maquín ont drastiquement baissé
pour atteindre 1500 participantes.
Le lot quotidien des femmes indigènes guatémaltèques
« Lorsqu’on parle de la situation des femmes indigènes
du Guatemala, il est important de comprendre la diversité et
la complexité de ce que vivent les femmes appartenant à
des régions et des cultures différentes*» nous
disait Vilma Gonzalez.
«Les
hommes vont à l’école mais pas les femmes. En
général, les hommes pensent que la femme ne ressent
pas et ne pense pas, qu’elle existe pour faire des enfants et
le travail à la maison. Les femmes n’ont aucun pouvoir.
Aussi, elles sont mal vues par les hommes mais aussi par d’autres
femmes si elles sortent de la communauté ou de la maison, sauf
pour aller à l’église ou au marché »
affirmait Vilma.
En
effet, les femmes n’ont pas accès aux organisations collectives
comme les coopératives et les municipalités. Le travail
qu’elles réalisent aux champs ou à la maison n’est
pas reconnu comme un apport significatif au sein des coopératives
et associations. Souvent, elles vont remplir les charges et les responsabilités
de la coopérative sans qu’en découlent le droit
de parole et de vote qu’ont les hommes. Dès leur jeune
âge, elles doivent s’occuper des tâches ménagères
et des frères et sœurs plus jeunes. Ensuite, elles se
marient vers 18 ans et doivent alors élever leurs propres enfants.
Aussi,
la pratique de la dot existe encore dans certaines régions
: «Elle consiste à dédommager le père pour
les dépenses qu’il a engagé en offrant une somme
considérable en échange de la main de sa fille. Dans
ce cas, nous croyons qu’il s’agit essentiellement de la
vente de la femme » racontait Vilma.
Refondation de Mamá Maquín et un nouveau départ
Avec tout le remus-ménage du retour, Mamá Maquín
a dû reconstituer ses bases. À travers le nouveau contexte
au Guatemala, l’organisation a procédée à
une période de refondation qui visait à ouvrir un chemin
où, pas à pas, avancerait Mamá Maquín.
Les coordonnatrices et fondatrices de Mamá Maquín ont
vu la capacité de maintenir l’organisation à partir
de leur maison, malgré les menaces et l’isolement. Elles
ont aussi constaté leur capacité collective de s’organiser
pour lutter pour l’égalité en tant que femmes,
pauvres et indigènes.
Pour
réaliser leurs objectifs, elles organisent leur travail en
quatre grands axes : l’organisation, la santé, la participation
politique et citoyenne et la terre.
En premier lieu, pour fortifier l’organisation, elles s’activent
à améliorer la communication et la coordination des
activités et à encourager la participation. Elles ont
démarré une école d’autoformation régionale
durant quelques jours chaque mois en alliance avec deux organisations
sœurs : Madre Tierra et Ixmucané. L’école
reçoit 40 femmes dont 20 participantes de Mamá Maquín.
Au niveau de la santé, les femmes de Mamá Maquín
désirent récupérer leur médecine traditionnelle
et la nutrition par les plantes. Elles veulent aussi accompagner les
femmes à accomplir une étape difficile qui est le changement
de leur propre mentalité. «Les femmes elles-mêmes
ont à changer beaucoup leur mentalité pour demander
leurs droits. Le changement implique beaucoup de douleur, travail
et répression. C’est un processus de changement très
long.» nous signalait Vilma. L’organisation fournit aussi
des ateliers sur la violence contre les femmes.
Troisièmement,
à travers la participation politique et citoyenne, Mamá
Maquín demande un espace pour les femmes. Elle demande que
leur droit de parole et de participation soit respecté et que
leurs opinions soient prises en compte à la maison, dans les
assemblées de leurs communautés, dans les réunions
municipales et dans le pays. Actuellement, les femmes de Mamá
Maquín se préparent à participer dans les nouveaux
Conseils de Développement Communautaire (Consejos de Desarollo
Comunitario) où la loi prescrit un nombre égal d’hommes
et de femmes. Cette exigence n’est pas respectée par
les autorités municipales qui choisissent les représentants
du Conseil. Ces femmes veulent donc exiger la place qui leur revient
et présenter leurs recommandations au Conseil.
En
dernier lieu, leur principal cheval de bataille, c’est la terre.
Cet élément est réellement au centre de leur
préoccupation en tant que paysannes et indigènes. Elles
demandent la « copropriété de la terre, la participation
avec droit de parole et de vote (con voz y voto) dans les coopératives
et les associations, la reconnaissance de notre travail à la
maison, dans les champs et dans la communauté comme un apport
dans les coopératives et les associations. » explique
Maria Domingo, nouant ses longs cheveux au début de sa journée
de réunions et de rencontres. Avec leur lutte, elles ont réussi
à permettre aux veuves et aux mères monoparentales de
participer dans les coopératives ou associations, principaux
lieux d’organisation des paysans. Cependant, les femmes mariées
sont exclues de ces lieux de participation et font face à de
nombreuses conditions les empêchant d’être sociétaires
malgré leur droit selon la loi régissant les coopératives.
Mamá Maquín exige donc la copropriété
de la terre pour les femmes mariées qui en cas de séparation
ou de la mort du mari, se retrouvent à la rue et sans recours,
souvent avec les enfants.
«
Mais être propriétaire de la terre, ce n’est pas
tout » signalait Maria Domingo, «depuis 2001, nous avons
commencé à analyser cette question de propriété
dans le contexte de la mondialisation avec la venue de l’Accord
de Libre-Échange Centre Américain, le Plan Puebla-Panamá
et la Zone de Libre-Échange des Amériques. Il est difficile
pour nous de vraiment savoir qu’arrivera-t-il avec les terres
indigènes. Aussi, il y a la question de la propriété
collective des terres indigènes que nous voulons garder face
à la propriété individuelle qui existe depuis
peu dans certaines communautés et que nous voudrions revoir
changer en propriété collective. »
Finalement, malgré une difficile période causée
par le retour au pays depuis les camps de réfugiés du
Mexique, les femmes pauvres, paysannes et indigènes du Guatemala
continuent leur lutte pour l’égalité entre homme
et femme, entre indigène et ladino (métisse) et pour
la copropriété. Les pieds bien ancrés dans leur
culture et leurs traditions, Mamá Maquín demande une
place digne pour les femmes indigènes guatémaltèques
à la maison, dans la communauté et dans le pays. Trop
longtemps mises de côté, la participation et la motivation
des femmes indigènes à s’organiser sous le nom
de Mamá Maquín est un merveilleux exemple d’un
espoir qui naît pour le Guatemala, d’arriver à
une société plus juste et inclusive.
Mujer
Guatemalteca
En
el fondo de mi corazón y pensamiento de mujer,
Que da la vida, mujer que sufrió y ama a Guatemala
sin medir esfuerzo alguno.
Un
día las intelectuales y políticas de mi país
serán interrogadas por
la mujer sencilla de mi pueblo, se les preguntara sobre lo que
hicieron, cuando la patria se apagaba lentamente durante el conflicto
armado interno.
Con
la firma de los acuerdos de paz, nace la esperanza,
que un día Guatemala será distinta.
Admiro
a la mujer que con valor se organizo para luchar para un
cambio y hacer valer su dignidad de mujer.
Hoy
ya tiene la edad de una niña de doce años,
quien lleva el nombre MAMA MAQUIN,
ejemplo de mujeres refugiadas para Centro América,
golpe para los corruptos y esperanza para las marginadas.
Guatemala.
Las mujeres con ternura, con valentía y sabiduría te
prometemos luchar para que tu belleza de naturaleza
no siga destruyendo.
No
permitiremos limpiar con lagrimas el sufrimiento del pueblo,
mujer que sufriste la guerra instas a que las armas no son la solución
de los problemas.
Tu
fuerza y manos unidas aumentan día a día
la fe y esperanza del mañana.
Candelaria
Montejo Silvestre
*Il y a près de 20 groupes ethniques mayas au Guatemala.