Lors
de notre passage à Vancouver, nous avions rencontré
PEDAL*. Nous achevons maintenant un trop court séjour de deux
semaines avec l’incroyable famille de Maya Pedal, à San
Andres Itzapa, Guatemala. Avec d’autres cyclistes bénévoles
des États-Unis, nous avons participé à réparer
quelques vélos, mais surtout nous avons vécu au sein
de cette organisation qui promeut l’utilisation d’énergie
alternative activée par la force des pédales.
Une technologie appropriée?
Les
artisans de Maya Pedal se font apôtres de la technologie appropriée.
Il s’agit d’une technologie à coût abordable
qui augmente l’efficacité ou l’énergie de
l’homme pour la réalisation d’un travail, sans
engendrer les impacts sur la santé et l’environnement
de la technologie conventionnelle. Elle est une alternative à
la technologie issue de la révolution industrielle, c’est-à-dire
celle des machines utilisant les combustibles fossiles.
À
cette fin, Maya Pedal galvanise l’utilisation de machines construites
à partir de bicyclettes qu’ils distribuent à prix
coûtant à des organisations de base et des groupes communautaires
indigènes mayas du Guatemala. Ces groupes sont formés
principalement par des femmes qui intègrent ces technologies
dans des opérations de micro-agriculture. La bicitechnologie
fournit aux femmes plus de nourriture pour leur famille ou plus d’argent
résultant de la vente des biens sur les marchés locaux.
Maya Pedal développe aussi des machines qui pourraient permettre
aux gens à faible revenu de démarrer une micro-entreprise
avec un investissement minimal.
Et la bici-machine fut…
Tout
d’abord, le projet de la bicitechnologie a commencé en
1997 avec l’aide de PEDAL, une organisation non-gouvernementale
canadienne, et des fonds de l’ACDI (Agence Canadienne de développement
Internationale). Maya Pedal est officiellement devenue une organisation
non-gouvernementale en 2001 et fonctionne dorénavant sans les
fonds canadiens depuis octobre 2003. Ils ont reçu dernièrement
un conteneur rempli de vélos usagés provenant de Bikes
not Bombs de Boston. Ils réparent et recyclent les vélos
pour les vendre dans un but d’autofinancement. Ils fournissent
du même coup un moyen de transport durable à très
bas prix pour les gens des communautés environnantes.
Carlos,
l’inventeur de nombreux prototypes de bici-machines et originaire
de San Andres, nous confiait avec un sourire qu’il garde un
calepin sur sa table de nuit pour dessiner les idées qui lui
viennent durant son sommeil. Lui et son jeune apprenti Edwin, travaillent
dans l’atelier à confectionner des bici-machines. Ils
offrent des services de réparation pour les groupes qui détiennent
une machine. Mario, grand conteur et musicien dans l’âme,
s’occupe de donner une formation complète aux détenteurs
des bici-machines et à faire le suivi des groupes ainsi que
la gestion administrative de l’organisation. La Junte directive
de Maya Pedal est composée de sept membres provenant des groupes
de base qui vivent l’expérience de la bici-machine.
Maya Pedal, au fil des machines.
Pendant
notre séjour, nous avons fait une tournée de quelques
groupes de base qui utilisent les bici-machines. Tous ces gens nous
ont reçus les bras ouverts avec une touchante hospitalité,
des repas mijotés exquis et une franche honnêteté.
Bici-moulin et Bici-égreneur.
Le
Groupe Lirio de los Valles prend assise à Santa Isabel, aux
abords de Chimaltenango. Nous avons roulé sur nos vélos
environ une demi-heure pour rencontrer la famille de Everilda Larios
qui se donne dans un petit élevage biologique de poules, de
dindons, de canards et de porcs. Auparavant, la famille achetait la
nourriture concentrée industrielle pour alimenter leurs animaux.
Depuis trois ans, ils utilisent un bici-moulin tous les jours pour
broyer le maïs en grains et concocter leur propre nourriture
biologique incluant du soya, du son et des sels minéraux. Ils
ont réussi à augmenter leur revenu de 50% en diminuant
leurs dépenses pour la nourriture et en vendant leurs animaux
de grain plus chers. Ils comptent agrandir la production d’ici
peu.
Le
jour suivant, nous nous sommes rendus en Pick-up jusqu’à
Cruz Nueva dans la municipalité de San Martin par une route
tumultueuse aux courbes accidentées. Nous sommes allés
rencontrer la Doña Sabina Cojon, une femme énergique
et déterminée qui, avec l’aide de 5 comparses,
a démarré le groupe Azucena il y a plus de quinze ans.
Elles sont maintenant plus d’une quinzaine de femmes qui travaillent
conjointement pour augmenter le niveau économique de leur famille.
Ensemble, elles construisent leur propre poulailler à la maison,
elles développent une agriculture diversifiée et biologique,
forment des groupes d’alphabétisation avec d’autres
femmes de la communauté et tissent des napperons et des huipiles
(blouse traditionnelle). Doña Sabina était bien contente
d’avoir brisé le cycle de dépendance face aux
fertilisants chimiques qu’offre actuellement à bas prix
le gouvernement guatémaltèque. Sa propre production
d’engrais lui donne tout autant, dit-elle, et conserve ses sols
en santé. Les femmes du groupe utilisent le bici-moulin une
fois par semaine pour nourrir leurs poulets et moudre le café.
Durant la période de la récolte, le bici-moulin se transforme
en bici-égreneur servant à détacher les grains
des épis de maïs séchés.
Bici-vibratrice et Bici-Pompe à Lasso.
Roulant à travers les coteaux, nous arrivons à Pachay
las Lomas pour rencontrer Santiago Sunuc. Le jeune homme de 17 ans
nous reçoit à sa maison, le Centre de Technologie appropriée
de Pachay. Il nous montre son four solaire, le système de collection
d’eau de pluie et nous amène à travers les champs
jusqu’à sa bici-pompe. En effet, la bici-pompe est vraiment
efficace et pompe l’eau jusqu’à trente mètres
de profondeur. En plus de coûter moins cher, la pompe est indépendante
de l’électricité et plus résistante qu’une
pompe électrique.
Dans
son atelier, Santiago nous a expliqués comment il fabrique
des tuiles pour le toit. Activée à la main, la bici-vibratrice
compacte le ciment pour confectionner les tuiles. Le résultat
est une tuile de haute qualité qui peut durer jusqu’à
80 ans comparativement au toit de tôle qui dure environ cinq
ans. De plus, le coût d’achat est environ le même.
Le projet en cours de développement est de débuter une
fabrique de tuiles et de créer des emplois pour stimuler l’économie
rurale.
Bici-mélangeur.
À
quelques minutes en vélo de l’atelier de Maya Pedal,
se trouve la pépinière de Mujeres en Accion (Femmes
en action). Elles sont dix femmes de San Andres Itzapa qui s’activent
depuis huit ans à fomenter la reforestation en cultivant des
semis d’arbres qu’elles vendent pour 1 Quetzal (0,15$US)
dans les écoles et la municipalité. Elles tentent de
sensibiliser les gens à l’importance des arbres pour
maintenir un environnement sain. Selon Doña Ana qui nous a
accueillis dans la pépinière, elles font cependant face
à un désintérêt important dans la communauté
alors que les gens coupent ou brisent les jeunes pousses. Ces mêmes
femmes cultivent aussi de l’Aloès pour fabriquer du shampooing
100% naturel avec l’aide de leur bici-mélangeur. Le pouvoir
rotatif du mélangeur est activé par les pédales
du vélo et sert à broyer la chair de la plante. La vente
du shampooing participe aux revenus de leurs familles.
Pour la dernière visite, nous nous sommes rendus chez la Asociación
Campesina, à San Andres. Le président de Maya Pedal
et de l’Association paysanne, Cesar Rubelcy Molina, nous a introduit
aux réalisations de cette nouvelle association qui comprend
67 membres dont 24 sont des femmes. L’association promeut une
agriculture biologique suite à des formations reçues
par différentes organisations; ils deviennent des promoteurs
multiplicateurs. Ils initient les gens à la préparation
de concentrés pour les animaux (avec le bici-moulin), à
des fours qui réduisent l’utilisation du bois, à
la fertilisation, et bien d’autres. Avec le bici-égreneur,
ils peuvent remplir 28 quintaux de maïs (1 quintal = 100 lbs)
par jour, alors qu’à la main ils produisent au maximum
8-10 quintaux. Les membres de l’association développent
et expérimentent la culture des plantes horticoles et médicinales
ainsi que des arbres forestiers et fruitiers. Les femmes utilisent
les plantes qu’elles font pousser et le bici-mélangeur
pour produire un shampooing.
Dans
l’organisation, tout le monde peut travailler la terre et non
pas seulement les hommes. Avec les projets de Doña Chabe, les
femmes font le travail collectif de l’organisation. Elles nous
confiaient leur satisfaction de pouvoir apprendre et échanger
leurs expériences avec d’autres femmes. Elles disaient
que sans sortir de la maison, les femmes n’avancent pas et n’apprennent
rien. Ensemble, elles peuvent repérer les comportements machistes
et se faire aider par les hommes de l’association, respectueux
de leur personne, affirmait l’une d’elles.
Il n’y en a pas de facile!
Bien
sûr, Maya Pedal rencontre des défis sur sa route. Entre
autre, l’utilisation des bici-machine par les femmes indigènes
reste encore difficile puisque ici il n’est pas coutume de monter
à vélo. Plusieurs d’entre elles se sentent incapables
de pédaler, d’autres sont incommodés de pratiquer
ce genre d’activité vêtues de leur jupe traditionnelle.
Aussi, malgré la formation, certaines personnes ne savent pas
réparer les bris mécaniques qui peuvent survenir et
se retrouvent dépourvues lorsqu’elles vivent en région
éloignée. L’organisation emploiera donc une personne
qui pourra voyager et faire le suivi des bici-machines sur le terrain.
De même, le manque de connaissances dans la mise en marché
des produits découlant de la bici-machine, comme le shampooing
et les tuiles de toit, rend la vente difficile et génère
encore de faibles revenus pour les familles, en comparaison avec le
potentiel existant.
Finalement
Maya Pedal, avec ses trois ans d’existence, a déjà
accompli de belles choses au Guatemala. L’inventivité,
l’initiative et l’originalité de cette organisation
font en sorte qu’il lui reste un énorme potentiel à
développer pour promouvoir un autre mode de vie qui respecte
la santé et l’environnement à travers la bicitechnologie.
Alors qu’il lui reste encore à assurer son autonomie
financière par la vente de vélos recyclés, Maya
Pedal a une longue route devant elle pour aider les gens à
améliorer leur niveau de vie et leur indépendance économique.
Le vélo deviendra peut-être un jour l’impulsion
pour une nouvelle révolution, celle d’un pied après
l’autre.
* Voir l’article sur PEDAL!
Chanson de Maya Pedal:
Pedales,
pedales
Girando, girando
Moliendo para vivir
mejooooooooor
Website
: Bikes not Bombs.