Accueil -->Français --> Articles

Maya Pedal

 

Maya Pedal

28 août 2004, San Andres Itzapa, GUATEMALA
Écrit par Francis Murchison et Johanne Pelletier

cliquez ici pour voir toutes les photos de Maya PEDAL

 

Lors de notre passage à Vancouver, nous avions rencontré PEDAL*. Nous achevons maintenant un trop court séjour de deux semaines avec l’incroyable famille de Maya Pedal, à San Andres Itzapa, Guatemala. Avec d’autres cyclistes bénévoles des États-Unis, nous avons participé à réparer quelques vélos, mais surtout nous avons vécu au sein de cette organisation qui promeut l’utilisation d’énergie alternative activée par la force des pédales.


Une technologie appropriée?

Les artisans de Maya Pedal se font apôtres de la technologie appropriée. Il s’agit d’une technologie à coût abordable qui augmente l’efficacité ou l’énergie de l’homme pour la réalisation d’un travail, sans engendrer les impacts sur la santé et l’environnement de la technologie conventionnelle. Elle est une alternative à la technologie issue de la révolution industrielle, c’est-à-dire celle des machines utilisant les combustibles fossiles.

À cette fin, Maya Pedal galvanise l’utilisation de machines construites à partir de bicyclettes qu’ils distribuent à prix coûtant à des organisations de base et des groupes communautaires indigènes mayas du Guatemala. Ces groupes sont formés principalement par des femmes qui intègrent ces technologies dans des opérations de micro-agriculture. La bicitechnologie fournit aux femmes plus de nourriture pour leur famille ou plus d’argent résultant de la vente des biens sur les marchés locaux. Maya Pedal développe aussi des machines qui pourraient permettre aux gens à faible revenu de démarrer une micro-entreprise avec un investissement minimal.


Et la bici-machine fut…

Tout d’abord, le projet de la bicitechnologie a commencé en 1997 avec l’aide de PEDAL, une organisation non-gouvernementale canadienne, et des fonds de l’ACDI (Agence Canadienne de développement Internationale). Maya Pedal est officiellement devenue une organisation non-gouvernementale en 2001 et fonctionne dorénavant sans les fonds canadiens depuis octobre 2003. Ils ont reçu dernièrement un conteneur rempli de vélos usagés provenant de Bikes not Bombs de Boston. Ils réparent et recyclent les vélos pour les vendre dans un but d’autofinancement. Ils fournissent du même coup un moyen de transport durable à très bas prix pour les gens des communautés environnantes.

Carlos, l’inventeur de nombreux prototypes de bici-machines et originaire de San Andres, nous confiait avec un sourire qu’il garde un calepin sur sa table de nuit pour dessiner les idées qui lui viennent durant son sommeil. Lui et son jeune apprenti Edwin, travaillent dans l’atelier à confectionner des bici-machines. Ils offrent des services de réparation pour les groupes qui détiennent une machine. Mario, grand conteur et musicien dans l’âme, s’occupe de donner une formation complète aux détenteurs des bici-machines et à faire le suivi des groupes ainsi que la gestion administrative de l’organisation. La Junte directive de Maya Pedal est composée de sept membres provenant des groupes de base qui vivent l’expérience de la bici-machine.


Maya Pedal, au fil des machines.

Pendant notre séjour, nous avons fait une tournée de quelques groupes de base qui utilisent les bici-machines. Tous ces gens nous ont reçus les bras ouverts avec une touchante hospitalité, des repas mijotés exquis et une franche honnêteté.


Bici-moulin et Bici-égreneur.

Le Groupe Lirio de los Valles prend assise à Santa Isabel, aux abords de Chimaltenango. Nous avons roulé sur nos vélos environ une demi-heure pour rencontrer la famille de Everilda Larios qui se donne dans un petit élevage biologique de poules, de dindons, de canards et de porcs. Auparavant, la famille achetait la nourriture concentrée industrielle pour alimenter leurs animaux. Depuis trois ans, ils utilisent un bici-moulin tous les jours pour broyer le maïs en grains et concocter leur propre nourriture biologique incluant du soya, du son et des sels minéraux. Ils ont réussi à augmenter leur revenu de 50% en diminuant leurs dépenses pour la nourriture et en vendant leurs animaux de grain plus chers. Ils comptent agrandir la production d’ici peu.

Le jour suivant, nous nous sommes rendus en Pick-up jusqu’à Cruz Nueva dans la municipalité de San Martin par une route tumultueuse aux courbes accidentées. Nous sommes allés rencontrer la Doña Sabina Cojon, une femme énergique et déterminée qui, avec l’aide de 5 comparses, a démarré le groupe Azucena il y a plus de quinze ans. Elles sont maintenant plus d’une quinzaine de femmes qui travaillent conjointement pour augmenter le niveau économique de leur famille. Ensemble, elles construisent leur propre poulailler à la maison, elles développent une agriculture diversifiée et biologique, forment des groupes d’alphabétisation avec d’autres femmes de la communauté et tissent des napperons et des huipiles (blouse traditionnelle). Doña Sabina était bien contente d’avoir brisé le cycle de dépendance face aux fertilisants chimiques qu’offre actuellement à bas prix le gouvernement guatémaltèque. Sa propre production d’engrais lui donne tout autant, dit-elle, et conserve ses sols en santé. Les femmes du groupe utilisent le bici-moulin une fois par semaine pour nourrir leurs poulets et moudre le café. Durant la période de la récolte, le bici-moulin se transforme en bici-égreneur servant à détacher les grains des épis de maïs séchés.


Bici-vibratrice et Bici-Pompe à Lasso.

Roulant à travers les coteaux, nous arrivons à Pachay las Lomas pour rencontrer Santiago Sunuc. Le jeune homme de 17 ans nous reçoit à sa maison, le Centre de Technologie appropriée de Pachay. Il nous montre son four solaire, le système de collection d’eau de pluie et nous amène à travers les champs jusqu’à sa bici-pompe. En effet, la bici-pompe est vraiment efficace et pompe l’eau jusqu’à trente mètres de profondeur. En plus de coûter moins cher, la pompe est indépendante de l’électricité et plus résistante qu’une pompe électrique.

Dans son atelier, Santiago nous a expliqués comment il fabrique des tuiles pour le toit. Activée à la main, la bici-vibratrice compacte le ciment pour confectionner les tuiles. Le résultat est une tuile de haute qualité qui peut durer jusqu’à 80 ans comparativement au toit de tôle qui dure environ cinq ans. De plus, le coût d’achat est environ le même. Le projet en cours de développement est de débuter une fabrique de tuiles et de créer des emplois pour stimuler l’économie rurale.


Bici-mélangeur.

À quelques minutes en vélo de l’atelier de Maya Pedal, se trouve la pépinière de Mujeres en Accion (Femmes en action). Elles sont dix femmes de San Andres Itzapa qui s’activent depuis huit ans à fomenter la reforestation en cultivant des semis d’arbres qu’elles vendent pour 1 Quetzal (0,15$US) dans les écoles et la municipalité. Elles tentent de sensibiliser les gens à l’importance des arbres pour maintenir un environnement sain. Selon Doña Ana qui nous a accueillis dans la pépinière, elles font cependant face à un désintérêt important dans la communauté alors que les gens coupent ou brisent les jeunes pousses. Ces mêmes femmes cultivent aussi de l’Aloès pour fabriquer du shampooing 100% naturel avec l’aide de leur bici-mélangeur. Le pouvoir rotatif du mélangeur est activé par les pédales du vélo et sert à broyer la chair de la plante. La vente du shampooing participe aux revenus de leurs familles.

Pour la dernière visite, nous nous sommes rendus chez la Asociación Campesina, à San Andres. Le président de Maya Pedal et de l’Association paysanne, Cesar Rubelcy Molina, nous a introduit aux réalisations de cette nouvelle association qui comprend 67 membres dont 24 sont des femmes. L’association promeut une agriculture biologique suite à des formations reçues par différentes organisations; ils deviennent des promoteurs multiplicateurs. Ils initient les gens à la préparation de concentrés pour les animaux (avec le bici-moulin), à des fours qui réduisent l’utilisation du bois, à la fertilisation, et bien d’autres. Avec le bici-égreneur, ils peuvent remplir 28 quintaux de maïs (1 quintal = 100 lbs) par jour, alors qu’à la main ils produisent au maximum 8-10 quintaux. Les membres de l’association développent et expérimentent la culture des plantes horticoles et médicinales ainsi que des arbres forestiers et fruitiers. Les femmes utilisent les plantes qu’elles font pousser et le bici-mélangeur pour produire un shampooing.

Dans l’organisation, tout le monde peut travailler la terre et non pas seulement les hommes. Avec les projets de Doña Chabe, les femmes font le travail collectif de l’organisation. Elles nous confiaient leur satisfaction de pouvoir apprendre et échanger leurs expériences avec d’autres femmes. Elles disaient que sans sortir de la maison, les femmes n’avancent pas et n’apprennent rien. Ensemble, elles peuvent repérer les comportements machistes et se faire aider par les hommes de l’association, respectueux de leur personne, affirmait l’une d’elles.


Il n’y en a pas de facile!

Bien sûr, Maya Pedal rencontre des défis sur sa route. Entre autre, l’utilisation des bici-machine par les femmes indigènes reste encore difficile puisque ici il n’est pas coutume de monter à vélo. Plusieurs d’entre elles se sentent incapables de pédaler, d’autres sont incommodés de pratiquer ce genre d’activité vêtues de leur jupe traditionnelle. Aussi, malgré la formation, certaines personnes ne savent pas réparer les bris mécaniques qui peuvent survenir et se retrouvent dépourvues lorsqu’elles vivent en région éloignée. L’organisation emploiera donc une personne qui pourra voyager et faire le suivi des bici-machines sur le terrain. De même, le manque de connaissances dans la mise en marché des produits découlant de la bici-machine, comme le shampooing et les tuiles de toit, rend la vente difficile et génère encore de faibles revenus pour les familles, en comparaison avec le potentiel existant.

Finalement Maya Pedal, avec ses trois ans d’existence, a déjà accompli de belles choses au Guatemala. L’inventivité, l’initiative et l’originalité de cette organisation font en sorte qu’il lui reste un énorme potentiel à développer pour promouvoir un autre mode de vie qui respecte la santé et l’environnement à travers la bicitechnologie. Alors qu’il lui reste encore à assurer son autonomie financière par la vente de vélos recyclés, Maya Pedal a une longue route devant elle pour aider les gens à améliorer leur niveau de vie et leur indépendance économique. Le vélo deviendra peut-être un jour l’impulsion pour une nouvelle révolution, celle d’un pied après l’autre.

* Voir l’article sur PEDAL!


Chanson de Maya Pedal:

Pedales, pedales
Girando, girando
Moliendo para vivir
mejooooooooor

Website : Bikes not Bombs.