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Société Coopérative Mut-Vitz
Mut-Vitz ou La Montagne des oiseaux

23 juillet 2004, Oventik, Chiapas, MEXIQUE
Écrit par Francis Murchison et Johanne Pelletier

Il y a une montagne étourdissante et énigmatique dans les Altos du Chiapas, dont les falaises rocheuses dentelées de pins pointent vers le ciel. Elle s’appelle la Montagne des Oiseaux et surplombe la vallée de la municipalité de San Juan Libertad. Les anciens racontent que par un ciel nuageux, durant une certaine période de l’année, il se produit un phénomène dans le haut dela montagne. En effet, on peut y observer une volée d’oiseaux aux entrailles sont propres et vides, voltigeant sous les nuages. Des anciens racontent encore que les anciens et leurs ancêtres se rendaient au sommet de la montagne pour y pêcher dans leurs filets, lancés à travers la brume, les oiseaux qui s'y trouvaient.

La Société coopérative de café et de miel Mut-Vitz porte le nom de cette montagne charismatique. Nous sommes allés rencontrer les sociétaires de la coopérative dans deux communautés de la municipalité, celles de San Antonio del Brillante et de San Miguel. Ils nous ont largement aidé à comprendre leur situation en tant que producteurs de café et de miel et nous ont invités à partager leur quotidien.



Le coyote solitaire

Dans cette région, située dans la zone cafétalière du Chiapas, tout le monde cultive le café et la milpa. La milpa fournit les aliments de base de la famille alors que le café et, dans une moindre mesure le miel, constituent pratiquement les seules sources de revenu. Ces petits producteurs, possédant au maximum un hectare de terre à cultiver, se voient forcés de vendre leurs produits, le café ou le miel, à un coyote. Le coyote est l’acheteur intermédiaire qui profite de l’éloignement et du manque de moyens des petits producteurs parcellisés, pour acheter le produit au prix le plus bas possible. Ce dernier vendra ensuite le café à l’exportateur et à l’entreprise multinationale qui distribuera par la suite le café, récoltant la majorité des profits.

À l'intérieur de cette chaîne d'exploitation, il est évident qui ce sont les petits producteurs qui reçoivent le moins d’argent… et qui fournissent le travail le plus éreintant. De plus, le prix reçu est dicté par le marché et est instable, aux grands déboires des producteurs. L’histoire montre son lot d’exemples de la chute des prix, que ce soit pour le café, les bananes, le cacao ou autres matières premières. Dans ces cas, il arrive que le prix ne couvre pas les coûts de production, ce qui entraîne dans la misère les familles déjà en situation précaire.


La volée des oiseaux

La Société Mut-Vitz a commencé en 1995, l’année suivant le soulèvement zapatiste. L’idée a jailli de la rencontre entre la société civile et les communautés zapatistes, comme une solution pour obtenir un meilleur prix, améliorer les conditions de vie ainsi que développer l’autonomie. Ils se sont organisés et se sont convertis en caféculteurs biologiques lors de cette même année. Ils ont finalement réussi à obtenir leur certification par CERTIMEX et leur registre d’exportation en 1998.

Mut-Vitz comprend environ mille sociétaires de café (dont trente femmes) dans trente-trois communautés et 60 sociétaires de miel dans 6 communautés, qui se rencontrent en assemblée de groupe une fois par mois. Lors de notre passage à San Miguel, nous avons assisté à une réunion de groupe de sociétaires à l’extérieur, en face du magasin général. Malgré la pluie qui tombait drue, l’audience formée de trente hommes semblait respectueuse des orateurs mouillés exprimant leurs idées (quoique nous ne sachions pas un mot de Tzotzil). On nous a quand même expliqué que chaque communauté possède un ou plusieurs représentants selon sa population. Ceux-ci forment la Table directive et s’assemblent aussi lors de réunions mensuelles. Personne ne commande. Ce qui peut se résoudre dans la Table directive se résout. Or, plusieurs décisions sont envoyées dans les communautés pour arriver à en conclure un accord. Chaque année, ou selon les besoins, une assemblée générale est convoquée.



Le caféier

Au petit matin, nous sommes descendus dans la vallée avec Casimiro pour travailler dans sa plantation de café. À la machette, nous avons fait la limpia pour nettoyer le sol des mauvaises herbes et la recepa, qui consiste à tailler chaque plant. Ce jeune homme de vingt ans nous a expliqué comment lui et son père ont démarré le verger à partir de la nurserie (semillero), en passant par la pépinière (vivero) jusqu’à la plantation. Coupant les branches mortes, il nous explique que le plant prend de trois à quatre ans avant de donner une récolte. La récolte du café, se fait en famille dans les mois de novembre-décembre et exige beaucoup de travail. Lorsque le fruit du café est récolté, on le dépulpe, le fermente, le lave et le laisse sécher au soleil pour que le grain conserve toute sa saveur, son arôme et son corps.

Depuis que la production est biologique, la charge de travail a augmenté. Les producteurs doivent creuser des terrasses dans les pentes pour retenir la matière organique. Ils doivent aussi faire leur propre composte d’un mélange particulier qu’ils donnent à leurs plants chaque année. Selon les exigences de CERTIMEX, ils doivent diversifier l’ombrage en plantant des arbres d’espèces différentes, augmentant la qualité du café et protégeant contre les ravageurs. Casimiro nous confiait que malgré le travail supplémentaire que nécessite la culture biologique, il est heureux de respecter la terre, l’eau et les oiseaux.

 


L’abeille

Avec le bruit de la pluie sur le toit de tôle, des sociétaires produisant le miel nous ont expliqué leur travail après la réunion au magasin général. La production de miel consiste en un investissement considérable pour ces petits producteurs qui doivent acheter les ruches, les boîtes, la cire, le sucre et l’enfumoir. Le travail consiste en gros à nettoyer autour des ruches et à s'assurer qu’il n’y ait pas d’insectes nuisibles à tous les trois à quatre jours. Lors de la saison des pluies, il y a un manque de floraison. Ces apiculteurs doivent donc nourrir les abeilles avec un mélange de sucre, d’eau et de miel pour qu’elles survivent. Le reste de l’année, ces petites bêtes butinent dans les plantations de café. La récolte se fait entre mars et avril, et chaque ruche donne jusqu’à 18 litres de miel par an. Chaque communauté possède un extracteur pour faire sortir le miel d’une couleur d’ambre rouge. Les apiculteurs ont cependant quelques problèmes avec les insectes nuisibles. À cause du manque de soutien technique, les producteurs ne connaissent pas bien les méthodes afin de contrôler les pestes qui peuvent tuer les abeilles, nous disait Miguel Ramirez, ancien représentant pour les sociétaires du miel de San Miguel.


Au pied de la montagne

La Société Mut-Vitz exporte son café biologique de haute qualité depuis six ans déjà. De vingt sacs (de 79 kilo/sac), ils sont passés à seize conteneurs (250 sacs/conteneur) vers le commerce équitable aux États-Unis et l’Union Européenne. La capacité de vente atteint les 30-40 conteneurs. Ainsi, une bonne partie de leur production est encore vendue aux coyotes, faute d’acheteurs.

Même avec le commerce équitable, l’exportation du café demande des investissements supplémentaires aux producteurs pour trier les grains. Du prix brut payé pour le café, il faut en déduire le transport, l’entreposage, le traitement et l’emballage. Malgré ces coûts, le prix offert dans le commerce équitable reste beaucoup plus stable et avantageux que celui des coyotes. Chaque année, la Société conserve un 5$US par 46kg vendu, une obligation du commerce équitable. Ceci lui permettra avec le temps d’acheter leurs propres installations et de rapporter un plus grand bénéfice à ses sociétaires.

Pour le miel qui n’a que trois ans dans la Société, il n’y a qu’un seul acheteur à l’heure actuelle et la majorité est vendue aux coyotes.

Somme toute, depuis 95 les caféculteurs zapatistes se sont organisés ensemble et se sont convertis au travail à l’agriculture biologique. L’organisation de la Société coopérative Mut-Vitz contribue à faire en sorte que les rebelles zapatistes en résistance reçoivent un meilleur prix pour leur café et leur miel à travers le commerce équitable. Les ventes augmentent lentement mais graduellement. Cependant, la difficulté à rencontrer de nouveaux acheteurs obligent encore les sociétaires à vendre leur produit aux coyotes. L’apport du commerce équitable a encore peu d’effet sur les conditions de vie des producteurs au pied de la Montagne des oiseaux. Il reste donc à ceux qui supportent les zapatistes à s’organiser eux aussi!


Sociedad Cooperativa Mut-Vitz
Oventik, Chiapas, México
Email:mutvitz@laneta.apc.org
mutvitz@yahoo.com.mx