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Société Coopérative Xulum Chon

 

Société Coopérative Xulum Chon

5 août 2004, Oventik, Chiapas, MEXIQUE
Écrit par Francis Murchison et Johanne Pelletier

Par un après-midi ensoleillé, des femmes de San Antonio del Brillante, accompagnées de leurs jeunes enfants, se sont assemblées sous l’ombre d’un arbre pour tisser. Dans une paisible splendeur, elles ont attaché leur métier à tisser à leur ceinture et ont commencé à faire bouger leurs mains agiles et expérimentées sur les fils de couleurs. Pendant que cette dizaine de travailleuses tissaient en parlant et riant entre elles dans la langue Tzotzil, l’une d’elles nous a parlé du Xulum Chon.

Les anciens racontent qu’il y a longtemps, un animal aurait bouché l’effluent venant de la rencontre de trois rivières qui sillonnent la vallée. La vallée s’est donc peu à peu remplie d’eau jusqu’à couvrir les arbres et les maisons. Les anciens raconte encore que les ancêtres ont fait appel au Xulum Chon, un animal aveugle avec une corne et de longues griffes, afin de dégager les arbres, la boue et les pierres pour permettre aux trois rivières de s’écouler.


Les fils entrelacés

La Société coopérative d’artisanats Xulum Chon porte le nom de cet animal et unit des femmes de huit communautés vivant dans cette vallée. La coopérative a commencé en 1998 et a été légalisée en 1999. Elle a été créée pour l’exportation vers les États-Unis, le Canada et l’Union européenne où leur travail peut être vendu à prix équitable, alors qu’au Mexique l’artisanat est cédé à un prix dérisoire. Avant, les femmes qui voulaient vendre leur tissage et leur broderie devaient passer par un coyote ou aller le vendre elles-mêmes à la ville.

Dans la coopérative, les femmes travaillent en groupes dans leurs communautés et se rencontrent chaque semaine pour tisser et broder. L’argent récolté de la vente des produits artisanaux est collectivement distribué entre les membres du groupe de travail où ils ont été confectionnés. Le travail est périodique et se fait lorsqu’elles ne sont pas occupées par d’autres tâches comme la récolte du café, le soin des enfants, le jardin, la maison et la cuisine.

Les femmes que nous avons rencontrées à San Antonio del Brillante nous ont parlé de leur condition en tant que femmes. Elles ont raconté qu’avant le soulèvement zapatiste de 1994, les femmes ne sortaient presque pas. Maintenant, certaines d’entre elles réclament leurs droits, participent aux assemblées et font un travail rémunéré. La coopérative leur donne l’opportunité de sortir de la maison, de passer du temps avec d’autres femmes et d’apprendre différentes choses. La plupart d’entre elles n’ont pas d’éducation scolaire et ne parlent pas bien
l’espagnol.

La participation à la Coopérative leur permet de parler en espagnol, de faire de l’administration et de rencontrer des gens de l’extérieur dans la boutique située au Caracol de Oventik. Elles doivent toutefois avoir la permission de leur mari pour sortir.

 

Des artistes bien enracinées
dans les traditions

Sous les mains ridées et sous les mains novices, le fil coule pour former un dessin. Dans ce groupe de femmes de tous âges, les plus jeunes reçoivent l’aide de leurs aînées qui enseignent les rudiments de leur art: le tissage et la broderie. Dès leur jeune âge, les petites filles regardent leur mère dévoilée au fil du temps, les patrons traditionnels formant les plus beaux motifs où se marient les couleurs choisies par l’artiste.

C'est que la tradition est importante pour elles, et elles s’activent à la conserver. «La tradition, c’est notre façon de faire les choses, c’est ce que nous savons faire et que nous ne voulons pas changer, parce que ça fait partie de ce que nous sommes», disait la représentante du groupe de travail. Au quotidien, ces mêmes femmes portent fièrement les beaux habits traditionnels qu’elles ont brodés elles-mêmes pendant plusieurs mois. Mais les efforts ne rapportent pas toujours les revenus espérés. En effet, une œuvre qui requiert jusqu’à cinq mois de labeur et dont le matériel coûte environ 90 pesos, sera vendue à San Cristobal entre 200 et 350 pesos, ce qui n’encourage pas ces artistes à continuer leur métier. Par contre, la coopérative leur a permises d'exporter des lots de 4000 à 5000 pesos par la poste aux États-Unis, en Suisse et en Italie. Selon les demandes des acheteurs, elles réalisent des travaux plus simples, aux goûts des clients. Dans leur boutique, elles vendent des blouses qu’elles confectionnent à la main en trois semaines pour 120-150 pesos (12-15 $US). Elles tissent aussi des couvre-oreillers, des nappes, des napperons, des sacs et des foulards. L'ombre noire sur le tableau demeure cependant l'absence de marché pour leurs produits. Bien qu'il n'y ait pas d’inégalité dans la distribution des revenus découlant des ventes, de la structure collective découle qu'il faille vendre davantage pour récolter un montant significatif pour chacune des membres, ce qui a poussé plusieurs femmes à quitté la Coopérative. Alors qu'au départ la Société comptait 200 membres, il n'en reste maintenant plus que 78.

En somme, la Société Coopérative Xulum Chon fonctionne depuis quelques années pour tenter d’exporter les produits d’artisanat réalisés traditionnellement par les femmes de la Municipalité de San Juan Libertad. Artistes de la broderie et du tissage, elles arrivent à changer peu à peu leur condition de femme en apprenant plusieurs choses au sein de la Coopérative et en sortant pour se regrouper. Toutefois, il n’y a pas assez d’acheteurs pour que leur travail rapporte un revenu significatif au foyer. Elles restent donc en quête de marché pour leur artisanat et espèrent qu’un jour leur ouvrage pourra contribuer à améliorer leur qualité de vie.




« Wow! Francis, regarde le beau sac! »


« C’est vraiment bien tissé Johanne, et quelles couleurs… »

« Et la chemise, ma sœur serait belle avec ça! »

« Il faut que quelqu'un commence à vendre du Xulum au Canada… »



« Mets-en man! »


Contactez la Sociedad Cooperativa Xulum Chon via
DESMI, A.C.
Calle Flavio A. Paniagua No. 79.
Barrio Guadalupe, 29230.
San Cristóbal de las Casas, Chiapas, México

Tel : 01967 678 12 48
www.laneta.org/desmiac/index.html
email: desmiac@laneta.apc.org