Au Chiapas, État du sud du Mexique, dans la forêt, la
jungle et la montagne, les animaux et les oiseaux parlent, les rivières
rebelles et les feuilles concoctent des secrets avec le vent. Une
histoire a commencé depuis le 1er janvier 1994, lorsque l’Armée
Zapatiste de Libération Nationale (EZLN - Ejercito Zapatista
de Liberacion Nacional) a déclaré la guerre au gouvernement
mexicain pour mettre fin à cinq cent ans d’injustice,
d’exclusion, d’exploitation et de pauvreté pour
les peuples indigènes du Chiapas. Leurs principales demandes
sont «travail, terre, toit, alimentation, santé, éducation,
indépendance, liberté, démocratie, justice et
paix.»
Sous
la cagoule, le soulèvement des sans visage et des sans voix
a lieu en date de l’entrée en vigueur de l’Accord
de Libre-Échange Nord-Américain (ALÉNA). Suite
à douze jours d’affrontements armés, le gouvernement
et l’Armée Zapatiste ont déclaré un cessez-le-feu,
principalement à cause de la pression de la société
civile nationale et internationale. Au cours de cette même année,
des dialogues avec le gouvernement sont entamés.
En
1995 une commission réunissant des législateurs de tous
les partis représentés au Congrès, la COCOPA,
(Comisión de Concordia y Pacificación) est formée
pour faire avancer les négociations. Celles-ci mènent
à la signature de la première partie des Accords de
San Andrés portant sur les Droits et Cultures indigènes.
Le gouvernement boycotte le processus de dialogue et présente
un projet de changement à la Constitution qui ne respecte pas
l’initiative de la COCOPA, fruit des pourparlers avec les zapatistes.
Parallèlement, le gouvernement de Ernesto Zedillo augmente
la guerre de basse intensité au Chiapas.
En
1997, plus de 4 000 personnes se font déplacer dans la zone
Nord, avec des dizaines de morts et de disparus. Au sud, il y a quarante-cinq
personnes tuées le 22 décembre à Acteal et plus
de 10 000 déplacées dans la région. En 1998,
les opérations militaires et policières de grande envergure
se multiplient contre les municipalités autonomes zapatistes,
donnant lieu à de la répression et de la violence.
En
1999, le EZLN réalise la Consultation nationale, organisée
avec la participation de la société civile, pour la
reconnaissance des peuples indigènes et pour la fin de la guerre
d’extermination.
En
2000, c’est la fin du parti-État mexicain, le Parti révolutionnaire
institutionnel (PRI), après soixante et onze ans au pouvoir.
Il est remplacé par la droite doctrinaire de Vicente Fox. L’année
suivant les élections, l’EZLN réalise la Marche
de la Couleur de la Terre (Marcha del Color de la Tierra) jusqu’au
centre de la ville de Mexico, empruntant le même itinéraire
qu’Emiliano Zapata lors de la Révolution mexicaine, en
1914. Depuis cette même année 2001, M. Fox affirme que
la paix et la tranquillité au Chiapas et avec les zapatistes
sont acquises; il dévoile aussi ses plans de développement
à travers le Plan Puebla-Panamá (PPP).
En
janvier 2004, les zapatistes ont célébré leur
dixième année de résistance et de construction
d’un monde nouveau. Malgré la militarisation et la guerre
illégale menée par le gouvernement mexicain, les communautés
zapatistes survivent de travail et d’espoir. Le temps de la
peur est terminé. "Voilà le réveil de la
dignité rebelle!" ont-ils proclamé.
Un
mouvement zapatiste en mouvement
Voici quelques lignes d’une humble tentative pour faire jaillir
des traits distinctifs du zapatisme. Ces mots sont inspirés
des lectures et des rencontres que nous avons réalisées
et qui nous ont fait constater l'importance du mouvement zapatiste.
Tout
d’abord, il y a plus d’un million d’indigènes
aux Chiapas appartenant à neuf peuples différents. La
majorité sont de la famille maya du Mexique dont les Tzotziles,
les Tzetzales, les Choles, les Tojolabales, les Lacandones, les Mames,
les Mochos et les Kakchikeles. Les Zoques sont plutôt apparentés
aux Popolucas et aux Mixes. Ces peuples vivent principalement dans
la zone des Altos (les montagnes) et de la Selva (la jungle). De ce
nombre, ce sont plus de 200 000 indigènes qui soutiennent l’EZLN
d’une façon ou d’une autre.
Depuis
le début du soulèvement, les zapatistes ont tissé
un lien étroit avec la société civile nationale
et internationale. Ils ont appris à écouter et à
parler à travers le dialogue avec la société
civile, afin de connaître ce réseau plural de chemins
à prendre pour aller de l’avant. Par exemple, ils ont
su, après douze jours de lutte armée, écouter
les pressions de la société civile pour devenir les
partisans de la non-violence depuis lors.
Quoique
enraciné dans des traditions, le mouvement a une ouverture
sur le monde qui va au-delà de la tolérance, et prône
l’hospitalité. La création des cinq Caracoles,
lieu de rencontre et d’échange avec la société
civile depuis août 2003, est un exemple de l’ouverture
des zapatistes sur le monde. Le Caracol ou colimaçon, est le
symbole du coquillage dans lequel on souffle et dont le son voyage
pour appeler les gens à se réunir, nous ont-ils dit
dans l’assemblée à San Antonio del Brillante.



Alors
que le gouvernement du Mexique promeut l’idée d’un
pays métisse (et uniforme), les zapatistes réclament
que la Constitution mexicaine admette que le pays est constitué
de peuples différents, possédant une relation profonde
avec leur histoire, leurs racines, la terre et leur communauté,
que ceux-ci possèdent leur propre forme d’organisation
sociale, politique et économique, et que celle-ci est valable
et qu’elle doit être respectée. Ils réclament
la naissance d’ « un monde nouveau où plusieurs
mondes y entrent - un mundo nuevo donde muchos mundos quepan ».
Finalement,
le zapatisme fournit une force politique radicale dans le monde. Il
s’agit d’une révolution « nouveau genre ».
Les zapatistes ne veulent pas la prise de pouvoir. Par l’action
et la parole, ils montrent au monde la nudité de l’empereur,
c’est-à-dire les mystifications du système dominant
capitaliste, de la démocratie formelle et de ses institutions.
Ils font naître un chemin alternatif qui démantèle
le discours dominant. Dans leur propre organisation, c’est-à-dire
dans chaque village, chaque municipalité autonome, chaque société
coopérative, les décisions se prennent en assemblée
et ceux qui commandent obéissent aux décisions.
L’alternative économique
Face au refus du gouvernement mexicain de reconnaître et d'inclure
dans la nation toutes les communautés indiennes, les zapatistes
continuent leur résistance. En ce sens, ils refusent l’aide
du gouvernement et cheminent avec la société civile
pour la construction de leur autonomie. Cette autonomie se développe
à travers une alternative économique qui permet de survivre
au jour le jour, puis de vivre dignement et finalement de développer
leur indépendance par des projets communautaires.
Ainsi,
vu l’importance de la création et du bon développement
de l’alternative économique pour permettre la résistance,
nous avons voulu voir ce qui a été organisé par
les zapatistes. Nous sommes donc partis en visite de quelques jours
dans la Municipalité Autonome Rebelle de San Juan Libertad,
à 45 minutes de colectivo du Caracol de Oventik, situé
au nord de San Cristobal. Voici donc deux brefs textes, le premier
sur la Société coopérative de café et
de miel Mut-Vitz et le deuxième sur la Société
coopérative d’artisanats Xulum Chom.



*
Merci à Gustavo Esteva pour ses textes, sa liste de liens internet
et son aide pour comprendre davantage le zapatisme.
¡Ya
Basta! Site officiel de Ejército Zapatista de Liberación
Nacional (EZLN). http://www.ezln.org
FZLN
Site officiel du Front Zapatiste de Libération Nationale. http://www.fzln.org.mx
Rebeldía
La revue Rebeldía publiée par le FZLN en ligne. http://www.revistarebeldia.org/main.html
Acción
Zapatista
http://studentorgs.utexas.edu/nave
Zapatista
Net of Autonomy and Liberation
http:// www.actlab.utexas.edu/~zapatistas
Indymedia
Chiapas
http://chiapas.mediosindependientes.org
Zapatista
Index
http://flag.blackened.net/revolt/zapatista.html
Introduction
to México and the Zapatistas http://flag.blackened.net/revolt/mexico/begindx
EZLN
Chiapas Battalion http://www.geocities.com/ResearchTriangle/Lab/5225/bzalx/plalxbz.html
Enlace
civil
http://www.enlacecivil.org.mx/index.htm
Chiapas
Media Project
http://www.chiapasmediaproject.org