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Quelques mots sur l’Armée Zapatiste de Libération Nationale

21 juillet 2004, San Cristobal de las Casas, Chiapas, MEXIQUE
Écrit par Francis Murchison et Johanne Pelletier


Au Chiapas, État du sud du Mexique, dans la forêt, la jungle et la montagne, les animaux et les oiseaux parlent, les rivières rebelles et les feuilles concoctent des secrets avec le vent. Une histoire a commencé depuis le 1er janvier 1994, lorsque l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN - Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional) a déclaré la guerre au gouvernement mexicain pour mettre fin à cinq cent ans d’injustice, d’exclusion, d’exploitation et de pauvreté pour les peuples indigènes du Chiapas. Leurs principales demandes sont «travail, terre, toit, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice et paix.»

Sous la cagoule, le soulèvement des sans visage et des sans voix a lieu en date de l’entrée en vigueur de l’Accord de Libre-Échange Nord-Américain (ALÉNA). Suite à douze jours d’affrontements armés, le gouvernement et l’Armée Zapatiste ont déclaré un cessez-le-feu, principalement à cause de la pression de la société civile nationale et internationale. Au cours de cette même année, des dialogues avec le gouvernement sont entamés.

En 1995 une commission réunissant des législateurs de tous les partis représentés au Congrès, la COCOPA, (Comisión de Concordia y Pacificación) est formée pour faire avancer les négociations. Celles-ci mènent à la signature de la première partie des Accords de San Andrés portant sur les Droits et Cultures indigènes. Le gouvernement boycotte le processus de dialogue et présente un projet de changement à la Constitution qui ne respecte pas l’initiative de la COCOPA, fruit des pourparlers avec les zapatistes. Parallèlement, le gouvernement de Ernesto Zedillo augmente la guerre de basse intensité au Chiapas.

En 1997, plus de 4 000 personnes se font déplacer dans la zone Nord, avec des dizaines de morts et de disparus. Au sud, il y a quarante-cinq personnes tuées le 22 décembre à Acteal et plus de 10 000 déplacées dans la région. En 1998, les opérations militaires et policières de grande envergure se multiplient contre les municipalités autonomes zapatistes, donnant lieu à de la répression et de la violence.

En 1999, le EZLN réalise la Consultation nationale, organisée avec la participation de la société civile, pour la reconnaissance des peuples indigènes et pour la fin de la guerre d’extermination.

En 2000, c’est la fin du parti-État mexicain, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), après soixante et onze ans au pouvoir. Il est remplacé par la droite doctrinaire de Vicente Fox. L’année suivant les élections, l’EZLN réalise la Marche de la Couleur de la Terre (Marcha del Color de la Tierra) jusqu’au centre de la ville de Mexico, empruntant le même itinéraire qu’Emiliano Zapata lors de la Révolution mexicaine, en 1914. Depuis cette même année 2001, M. Fox affirme que la paix et la tranquillité au Chiapas et avec les zapatistes sont acquises; il dévoile aussi ses plans de développement à travers le Plan Puebla-Panamá (PPP).

En janvier 2004, les zapatistes ont célébré leur dixième année de résistance et de construction d’un monde nouveau. Malgré la militarisation et la guerre illégale menée par le gouvernement mexicain, les communautés zapatistes survivent de travail et d’espoir. Le temps de la peur est terminé. "Voilà le réveil de la dignité rebelle!" ont-ils proclamé.

Un mouvement zapatiste en mouvement

Voici quelques lignes d’une humble tentative pour faire jaillir des traits distinctifs du zapatisme. Ces mots sont inspirés des lectures et des rencontres que nous avons réalisées et qui nous ont fait constater l'importance du mouvement zapatiste.

Tout d’abord, il y a plus d’un million d’indigènes aux Chiapas appartenant à neuf peuples différents. La majorité sont de la famille maya du Mexique dont les Tzotziles, les Tzetzales, les Choles, les Tojolabales, les Lacandones, les Mames, les Mochos et les Kakchikeles. Les Zoques sont plutôt apparentés aux Popolucas et aux Mixes. Ces peuples vivent principalement dans la zone des Altos (les montagnes) et de la Selva (la jungle). De ce nombre, ce sont plus de 200 000 indigènes qui soutiennent l’EZLN d’une façon ou d’une autre.

Depuis le début du soulèvement, les zapatistes ont tissé un lien étroit avec la société civile nationale et internationale. Ils ont appris à écouter et à parler à travers le dialogue avec la société civile, afin de connaître ce réseau plural de chemins à prendre pour aller de l’avant. Par exemple, ils ont su, après douze jours de lutte armée, écouter les pressions de la société civile pour devenir les partisans de la non-violence depuis lors.

Quoique enraciné dans des traditions, le mouvement a une ouverture sur le monde qui va au-delà de la tolérance, et prône l’hospitalité. La création des cinq Caracoles, lieu de rencontre et d’échange avec la société civile depuis août 2003, est un exemple de l’ouverture des zapatistes sur le monde. Le Caracol ou colimaçon, est le symbole du coquillage dans lequel on souffle et dont le son voyage pour appeler les gens à se réunir, nous ont-ils dit dans l’assemblée à San Antonio del Brillante.

Alors que le gouvernement du Mexique promeut l’idée d’un pays métisse (et uniforme), les zapatistes réclament que la Constitution mexicaine admette que le pays est constitué de peuples différents, possédant une relation profonde avec leur histoire, leurs racines, la terre et leur communauté, que ceux-ci possèdent leur propre forme d’organisation sociale, politique et économique, et que celle-ci est valable et qu’elle doit être respectée. Ils réclament la naissance d’ « un monde nouveau où plusieurs mondes y entrent - un mundo nuevo donde muchos mundos quepan ».

Finalement, le zapatisme fournit une force politique radicale dans le monde. Il s’agit d’une révolution « nouveau genre ». Les zapatistes ne veulent pas la prise de pouvoir. Par l’action et la parole, ils montrent au monde la nudité de l’empereur, c’est-à-dire les mystifications du système dominant capitaliste, de la démocratie formelle et de ses institutions. Ils font naître un chemin alternatif qui démantèle le discours dominant. Dans leur propre organisation, c’est-à-dire dans chaque village, chaque municipalité autonome, chaque société coopérative, les décisions se prennent en assemblée et ceux qui commandent obéissent aux décisions.


L’alternative économique

Face au refus du gouvernement mexicain de reconnaître et d'inclure dans la nation toutes les communautés indiennes, les zapatistes continuent leur résistance. En ce sens, ils refusent l’aide du gouvernement et cheminent avec la société civile pour la construction de leur autonomie. Cette autonomie se développe à travers une alternative économique qui permet de survivre au jour le jour, puis de vivre dignement et finalement de développer leur indépendance par des projets communautaires.

Ainsi, vu l’importance de la création et du bon développement de l’alternative économique pour permettre la résistance, nous avons voulu voir ce qui a été organisé par les zapatistes. Nous sommes donc partis en visite de quelques jours dans la Municipalité Autonome Rebelle de San Juan Libertad, à 45 minutes de colectivo du Caracol de Oventik, situé au nord de San Cristobal. Voici donc deux brefs textes, le premier sur la Société coopérative de café et de miel Mut-Vitz et le deuxième sur la Société coopérative d’artisanats Xulum Chom.

* Merci à Gustavo Esteva pour ses textes, sa liste de liens internet et son aide pour comprendre davantage le zapatisme.

¡Ya Basta! Site officiel de Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN). http://www.ezln.org

FZLN Site officiel du Front Zapatiste de Libération Nationale. http://www.fzln.org.mx

Rebeldía La revue Rebeldía publiée par le FZLN en ligne. http://www.revistarebeldia.org/main.html

Acción Zapatista
http://studentorgs.utexas.edu/nave

Zapatista Net of Autonomy and Liberation
http:// www.actlab.utexas.edu/~zapatistas

Indymedia Chiapas
http://chiapas.mediosindependientes.org

Zapatista Index
http://flag.blackened.net/revolt/zapatista.html

Introduction to México and the Zapatistas http://flag.blackened.net/revolt/mexico/begindx

EZLN Chiapas Battalion http://www.geocities.com/ResearchTriangle/Lab/5225/bzalx/plalxbz.html

Enlace civil
http://www.enlacecivil.org.mx/index.htm

Chiapas Media Project
http://www.chiapasmediaproject.org