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CIPO-RFM

 

CIPO-RFM
Consejo Indígena Popular de Oaxaqua «Ricardo Flores Magon»

7 juin 2004, Santa Lucia del Camino, Oaxaca
écrit par Johanne Pelletier et Francis Murchison


Lorsque nous sommes arrivés à Oaxaca, des bannières de couleurs tapissaient le devant du palais du gouvernement (Palacio del Gobierno). Depuis plusieurs semaines, des représentants de toutes les communautés du Conseil Indigène Populaire de Oaxaca (CIPO) viennent chacun leur tour occuper cette partie du centre-ville. Ils exigent l’arrêt de la répression et demandent justice pour les crimes perpétrés contre les communautés indigènes. C’est en parlant avec des participantes à l’occupation que nous sommes entrés en contact avec le CIPO-«Ricardo Flores Magon», une organisation libertaire de communautés indigènes de l’État de Oaxaca. Ainsi, nous avons été invités dans la maison de l’organisation pour y passer quelques jours en convivialité avec les membres du Conseil. Voici donc quelques mots sur ce que nous avons appris au cours de plusieurs discussions avec de nombreux membres de différentes communautés sur l’histoire, l’idéologie et le fonctionnement d’une vaste organisation de base qui nous a ouvert ses portes sans cachette et en toute simplicité.

À quelques minutes de Oaxaca, à Santa Lucia del Camino, se trouve la maison du CIPO-RFM, point central où se retrouvent les représentants des différentes communautés indigènes. Ici, les gens viennent manger, dormir, mais surtout s’organiser avant de repartir s’investir sur l’un des différents projets en cours. Le Conseil inclut plus de 3 000 membres dont la majorité sont des femmes s’organisant à partir de leur village et provenant soit du peuple des Mixtecos, Zapotecos, Mixes, Chatinos, Chinantecos, Cuicatecos, Triquis, Negros ou Mestizos. Autour d’un petit café chaud, dans la cuisine improvisée au toit de tôle, les gens échangent entre eux et avec nous sur ce qui se passe dans leurs communautés.


La maison n’a pas toujours été là

Tout a commencé en 1994, lorsque plusieurs organisations tentent de former une alliance des peuples indigènes de Oaxaca en solidarité avec l’action Zapatiste. C’est en 1997 que se forme le Consejo Indigena Popular de Oaxaqua-«Ricardo Flores Magon» provenant de l’association de six organisations. Cependant, dès l’année suivante, des tensions idéologiques commencent à se faire sentir quand deux organisations quittent le Conseil pour participer aux élections. La même année, une impressionnante opération de la police et de l’armée mène à la disparition et la détention de 106 membres et du coordonnateur général du CIPO, Raul Gatica. Suite à un rapport sur les abus des droits humains et à une lutte sans répit des gens du CIPO, le gouvernement offre une indemnisation aux organisations pour les victimes d’emprisonnement et de torture, principalement sur M. Gatica. Malgré le refus de ce dernier de recevoir l’argent, une des organisations du CIPO accepte les fonds du gouvernement et quitte le Conseil sans dédommager les victimes. Après qu’une autre organisation ait quitté pour les élections et que l’autre ait tenté de défaire le Conseil, un collectif de sept communautés se donne corps et âme pour former un vrai conseil, de communautés indigènes cette fois-ci.

Depuis 2001, le CIPO est passé de sept à trente communautés, en prenant soin de ne pas tomber dans la calomnie et la diffamation et résistant à la répression du gouvernement.

La maison construite pour les communautés.

Après un passé tourmenté, le CIPO-RFM prend sa force dans les traditions de solidarité et du travail collectif des peuples qui y participent. Volés, exclus, marginalisés réprimés et dénigrés depuis des centaines d’années au Mexique, le Conseil est une force pour obtenir ce que les gouvernements successifs avaient promis de leur offrir il y a longtemps : une route, une école, un réseau d’eau potable et l’électricité. Voilà des exemples de ce qu’ils exigent du gouvernement.

Inspirés par Ricardo Flores Magon, un indigène de Oaxaca et un grand penseur libertaire de la révolution mexicaine de 1910, le CIPO est une organisation qui rompt avec le modèle traditionnel et vertical. Il n’y a pas de place pour un chef ou un président. Dans le conseil, les gens s’aident et se complètent selon leurs connaissances et leurs habiletés particulières.

De plus, selon le CIPO-RFM, tout changement doit être le résultat de la communauté elle-même. Ils ne se rendent dans une communauté que lorsqu’ils y sont invités, et surtout pas pour rencontrer les leaders. Auprès de la communauté, ils organisent cinq ateliers avant que la communauté puisse faire partie du CIPO. Après chaque rencontre, ils laissent entre les mains de la communauté le choix de les rappeler pour continuer le processus ou de ne pas poursuivre. Au moyen d’ateliers construits avec des jeux et des dessins, ils offrent une vision réaliste de la lutte, de ses bénéfices et de ses risques, et proposent une réflexion sur la nécessité de s’organiser et de créer une organisation libertaire magoniste. Les gens qui participent font ensuite un diagnostique de leur communauté et en dernier lieu, réalisent un plan de travail et forment le conseil de base du CIPO.

 


En effet, chaque village impliqué dans le CIPO s’organise à partir d’un conseil de base qui se rencontre pour faire appliquer le plan d’action et réaliser des projets. Plus amplement, le Conseil Indigène tente de réunir tout le monde dans une assemblée générale durant laquelle la Junta Organizadora est choisie. Celle-ci inclut trente personnes des différentes communautés qui accomplissent une charge sociale bénévole et volontaire pour un an. La Junta est divisée en douze commissions qui ont le mandat de mettre en œuvre ce qui a été décidé en assemblée. Par exemple, la commission en charge des communications s’anime à faire vivre une radio communautaire, Radio Guetza, de faire des affiches, des vidéos, des pamphlets et s’occupe du site Internet.

La maison est encore en construction.

Chaque matin, les bruits de construction nous faisaient sortir du monde des rêves. Et oui, la maison du CIPO est en changement et reflète les projets qui s’organisent un peu partout. Dans les villages, des projets de coopérative d’artisanat, de grilloir de café, de pépinières pour la reforestation, d’écotourisme communautaire, de coopérative pour la vente de poulet bio et bien d’autres sont en développement. Selon les priorités des communautés, les gens s’organisent pour rompre la chaîne d’exploitation où des intermédiaires, coyotes, profitent de l’isolement des villages pour acheter la production à des prix dérisoires. Pour le café, le chocolat et l’artisanat, les gens du CIPO tentent de trouver une manière de recevoir un prix juste.

De même, le CIPO tente de revaloriser la cosmovision de chaque peuple indigène, c’est-à-dire la forme qu’ils ont pour s’expliquer le monde. Ils veulent récupérer les éléments qui ont été perdus et renforcer l’identité indigène pour chaque peuple en régénérant sa langue, sa culture, ses croyances, ses légendes, sa médecine, sa nourriture, son art et sa façon de vivre.


Ceux qui n’aiment pas la maison

Probablement parce que leur mode d’organisation libertaire questionne le modèle de contrôle gouvernemental, le CIPO est menacé par la répression du gouvernement mexicain. Appuyant la lutte pour la justice, le Conseil a aidé le groupe de citoyens Union Hidalgo et le syndicat Tres Poderes qui sont aussi victimes de répression. L’occupation qui prend place actuellement exige entre autre l’emprisonnement des paramilitaires qui ont tué des compagnons du CIPO dans les villages de Yaviche (voir article Une visite à Santa Maria de Yaviche) et Yosonotu, le retrait des cinquante mandats d’arrestation fabriqués contre des membres du CIPO, des garanties sur la vie de Raul Gatica qui a subi plusieurs tentatives d’assassinat et d’autres demandes d’importance.

Brique par brique, le Conseil Indigène Populaire de Oaxaca «Ricardo Flores Magon» grandit par le travail collectif et la solidarité des communautés indigènes qui s’organisent sans hiérarchie. Ensemble, ils tentent de briser l’isolement et la marginalisation pour rompre avec l’exploitation et la pauvreté et régénérer leur identité culturelle. Dans leurs démarches, ils font face à une intense répression par le gouvernement et demandent justice pour les crimes perpétrés. Alors que leur organisation libertaire, magoniste et pacifiste laisse peu de place pour la corruption, cette force des communautés indigènes doit faire partie des cauchemars du gouvernement de l’État de Oaxaca. Alors que des millions de touristes visitent les ruines issues d’anciennes civilisations indigènes sur le territoire mexicain, ces mêmes peuples sont toujours vivants et sont loin d’être en ruine; ils ont beaucoup à nous apprendre si nous tendons l’oreille pour les écouter.


*Le CIPO-RFM a besoin que des gens gardent l’œil sur les actions de l’État. Si vous voulez leur apporter votre support, ils ont besoin que beaucoup de gens au niveau international soient sensibilisés à l’augmentation de la répression envers leurs membres.

Aussi, ils sont contents que des gens viennent réaliser différents projets auprès des communautés.

Vous trouverez plus d’information sur leur site Internet (en espagnol).





Consejo Indígena Popular de Oaxaca «Ricardo Flores Magon» CIPO-RFM
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