Accueil --> Français

SINTTIM

 

SINTTIM
Sindicato Independente de Trabajadoras
y Trabajadores de la Industria Maquiladora


30 avril 2004, La Paz, Mexico
écrit par Johanne Pelletier et Francis Murchison

Une danse avec le gouverneur

Dans la chaleur du printemps, Teresa se rend à la Fête des travailleurs où elle pose son regard sur le nouveau Gouverneur de l’État de Baja California Sur, Leonel Cota Montaño. Aujourd’hui, elle va saisir sa chance se dit-elle et dans un élan de courage, elle s’élance pour inviter le Gouverneur à danser. Il accepte avec joie mais, se dirigeant vers la piste de danse, un représentant du syndicat ennemi tente d’empêcher Teresa d’entrer dans la valse. La petite femme continue son chemin sans se laisser impressionner et entre dans le tourbillon de la danse au bras de son cavalier. Au milieu de leurs rires et de leur farandole, Teresa explique à Leonel que depuis longtemps son syndicat se bat pour obtenir un registre qui leur accordera la légalité. Quelques semaines plus tard, le syndicat indépendant recevra une audience auprès du gouverneur. Ce sera plus d’une centaine de travailleurs qui se présenteront au Palais du gouvernement pour soutenir le SINTTIM (Sindicato Independente de Trabajadoras y Trabajadores de la Industria Maquiladora) qui recevra son registre le 30 août, 1999.


Vers la création d’un syndicalisme indépendant

Bien avant que la danse de Teresa ne fasse pencher la balance en faveur du SINTTIM, les travailleurs de la maquila ont du s’organiser pour le respect de leurs droits avec la plus grande discrétion vis-à-vis des syndicats en place et des patrons. La première expérience de syndicalisation remonte à 1973 lorsque la première maquila de textile, Ardemi de La Paz, est venue s’installer dans la région. Les 45 maquileros subissaient des mauvais traitements, étaient victimes de harcèlement sexuel et ne recevaient pas de salaire pour le travail effectué. Les employés ont lutté pour former un syndicat et suite à une grève, l’usine a fermé ses portes. Les travailleurs se sont cependant battus et obtinrent du gouvernement que ce dernier rachète l’usine. Suivront douze années de syndicalisme indépendant qui apporteront de bonnes conditions de travail jusqu’à ce que le gouvernement ferme l’usine, mettant fin au syndicat 26 de julio.

Après cet épisode, d’autres maquilas offrant de pénibles conditions pour les travailleurs commencent à apparaître dans la région. Dans les dernières années, on y retrouve California Connection qui, établie depuis 1994, constitue une maquila de capital nord-américain produisant des lignes de vêtements pour Wal-Mart. Baja West fondée en 1999, travaille aussi dans le vêtement et Pung Kook, de capital sud-coréen, a ouvert ses portes en 1995 pour la confection de sacs pour Adidas et Patagonia (deux compagnies qui, par le biais de Fair Labor Association, se sont engagées à respecter le Code de conduite de l’OIT (Organisation Internationale du Travail)).

Les travailleurs de ces maquilas sont à 80% de jeunes femmes ou des mères monoparentales qui vont supporter l’abus dû à leur situation précaire. De manière générale, elles travaillent selon un horaire pouvant s’étendre de 7h30 à 21h ou 22h, les heures su
plémentaires étant obligatoires, et subissent du harcèlement si elles refusent de s’y soumettre. Elles doivent payer l’eau potable et le papier de toilette et les gérants comptent le nombre de fois qu’elles vont à la salle de bain. La majorité du temps, les employés ne savent pas qu’ils sont membres d’un syndicat et ne connaissent pas leur représentant syndical. La seule trace est la cote syndicale qui est prélevée de chaque chèque de paie. Les syndicats officiels, la CROC (Confederación Regional de Obreros y Campesinos) et la CROM (Confederación Revolucionaria de Obreros Mexicanos), sont étrangers à la force productive et n’apportent une aide qu’aux chefs d’entreprise. On les appelle « syndicats de protection » ou charros. D’autres, dits blancos, sont créés par les patrons eux-mêmes. Les syndicats sont titulaires des conventions collectives et les employés ne savent pas ce qu’elles contiennent, ni la date de révision.

Ainsi, pour faire face à ces conditions, les travailleurs ont formé en 1993 l’Union des Travailleuses et Travailleurs de la Maquila (Unión de Trabajadoras y Trabajadores de la Maquila), un réseau de petits groupes qui se battent pour leurs droits de façon souterraine. Les compagnes de travail que nous avons rencontrées riaient en se remémorant cette période de billets cachés et de réunions secrètes. En 1998, le SINTTIM a été formé malgré le contrôle des syndicats charros et la répression des patrons. Tous les employés étant sur le comité directif syndical ont été renvoyés de façon injustifiée. Finalement, avec le registre, le syndicat a maintenant une reconnaissance légale et peut agir pour faire appliquer la Loi du travail (Ley Federal del Trabajo).


La lucha actuelle, grrr…


Depuis 2003, toutes les maquilas au sud de la Baja California ont clos leurs opérations. Normalement lorsqu’une entreprise ferme ses portes, elle doit payer un minimum de trois mois de salaire en indemnisation. Les entreprises sont parties laissant derrière elles l’édifice à l’abandon et parfois les machines sur place. Pour avoir leur argent, les travailleurs doivent vendre l’édifice. À l’heure actuelle, le SINTTIM aide à réclamer la part des travailleurs par la vente des édifices de California Connection dans la ville de La Paz et de Constitución. Six cents travailleurs ont été abandonnés depuis un an; ils se sont organisés avec le syndicat indépendant pour recevoir leur indemnisation suite à la vente. Le SINTTIM donne aussi de l’assistance légale aux travailleurs des agro-maquiladoras (usines de sous-traitance en alimentation et emballage) qui sont encore en opération.

Même si les maquilas ont disparu, le SINTTIM continue son activisme pour l’application des droits des travailleurs. La dizaine de personnes que nous avons rencontré à la Ca
sa de la trabajadora y del trabajador, majoritairement des femmes, savent par expérience que le capital bouge mais qu’il finit par revenir. Le syndicat ne compte pas disparaître, parce que l’industrie maquiladora ne disparaîtra pas. Ainsi, suite à la danse légendaire avec le Gouverneur, le SINTTIM a surgit de l’ombre pour débuter une belle histoire de syndicalisme indépendant. Les syndicats indépendants sont des cas d’exception dans l’industrie maquiladora. Les acquis de ces syndicats se font avec beaucoup d’efforts puisque la latitude patronale est grande et l’investissement demeure à court-terme. Pourtant, des exemples concrets existent pour rappeler aux autres travailleurs que la lutte n’est pas futile.


Sindicato Independente de Trabajadoras y Trabajadores de la Industria Maquiladora (SINTTIM)
La Paz, Baja California Sud
Email : tito@uabcs.mx)
Tel: (112) 2 63 23

Maquila Solidarity Network
www.maquilasolidarity.org

Fair Labour Organization
www.fairlabor.org