Les
Maquiladoras à Tijuana
introduction
4
février 2004, Tijuana, Baja California
del Norte, Mexico
écris par Johanne Pelletier et Francis Murchison
Il y a
un peu plus d’une trentaine années, Tijuana était
une ville touristique d’une population de près de 200 000
habitants. Maintenant, ces vallées, ces plateaux et ces collines
sont recouverts par des habitations de fortune et des parcs industriels,
et la population atteint plus d’un million de personnes. Dans
l’espoir de trouver un travail, des milliers de Mexicains pauvres
et leur famille désertent leur État d’origine pour
migrer vers le nord où ils pourront peut-être travailler
dans une des milliers de maquiladoras ou maquilas, qui s’entassent
sur une bande de quelques kilomètres tout le long de la frontière
américaine.
Ces usines
de sous-traitance, filiales de multinationales, viennent tirer profit
d’une main-d’œuvre à bon marché, d’un
régime fiscal préférentiel pour l’exportation
vers les É.U. où la majorité de la production est
dirigée. Provenant en majorité des États-Unis et
d’Asie Pacifique, ces entreprises peuvent réduire par dix
fois leur coût de production par rapport à celui des États-Unis.
De plus, pour attirer les manufactures étrangères, le
gouvernement mexicain a concédé l’accès gratuit
à l’eau et à l’électricité pour
deux ans. Il a aussi fait construire des réseaux routiers et
des services collectifs pour les parcs industriels. Il ne s’est
pourtant pas donné autant de peine pour la population des colonias
qui entourent ces zones industrielles.
En 1965, le Programme d’Industrialisation Frontalière (Programa
de Industrializacion Fronteriza) devait fournir une solution au manque
d’emploi qui se vivait à la frontière nord du pays,
causé par l’expulsion de travailleurs mexicains, los braceros,
des États-Unis. Ainsi sera créée la Zona Libre
où les entreprises tenaient un régime d’exception,
menant à la création de la première maquiladora.
C’est pourtant avec la signature de l’Accord de Libre-Échange
Nord-Américain (ALENA) que leur nombre s’est multiplié
pour employer une force de travail de plus d’un million de personnes
au Mexique.
La croissance de l’industrie maquiladoras s’est fait au
détriment de l’industrie nationale qui a été
vendue en grande partie au capital étranger, frappant durement
les principaux syndicats nationaux et détruisant les conventions
collectives (Contractos Colectivos de Trabajo). Ce qui reste actuellement,
ce sont majoritairement des syndicats « fantômes »
qui vendent la protection aux chefs d’entreprises, signant des
conventions collectives bien en deçà des exigences de
la loi, contrôlant et faisant obstacle à toute organisation
des travailleurs dans les maquilas.
À l’intérieur de l’usine.
Tout d’abord,
les maquiladoras sont reconnues pour leur non-respect des droits humains.
Le patronat piétine la loi mexicaine et rationalise l’utilisation
de leur travailleur-marchandise. Ils maintiennent une rotation rapide
du personnel, rarement plus de cinq ans dans la même entreprise,
afin de conserver des salaires bas. En 2003, le salaire moyen était
de 553 pesos ($50 US) par semaine, bien que plusieurs entreprises offrent
une rémunération de 50 pesos par jour. Pour être
embauchée, chaque femme doit passer un test de grossesse et doit
s’y soumettre de façon régulière. Ils imposent
des conditions de travail qui menacent la santé et la sécurité
en exposant les employés à des produits toxiques et des
matériaux dangereux sans fournir de protection, ce qui causent
souvent des accidents de travail. Le harcèlement, les menaces
et toutes sortes de moyens de pression sont utilisés fréquemment
pour soumettre les travailleuses et travailleurs au rythme de production
effréné. Après 35 ans, les travailleurs sont déclarés
trop vieux pour soutenir le rendement productif, et sont donc renvoyés,
tout comme les employés qui, désireux de défendre
leurs droits, sont renvoyés et mis sur la liste noire. Les usines
qui ont vu la formation d’un syndicat dans leur enceinte ont fermé
leurs portes, changé de nom et rouvert plusieurs mois plus tard,
ou encore elles ont déménagé.
La constitution mexicaine a prévu l’instauration d’une
institution qui s’appelle Junta Federal de Conciliacion y
Arbitraje dont le but est de faire respecter les droits des travailleurs.
Cette instance reçoit les plaintes des travailleurs et est chargée
de rendre un jugement lors d’un litige entre un travailleur et
son employeur suite à des audiences rassemblant les deux parties.
Cependant, la corruption mine les mécanismes de défense
mis en place pour les travailleurs et la Commission du travail et de
la prévision sociale de la chambre des députés
(Comision del trabajo y de prevision social) ferme les yeux
sur les délits dans les maquiladoras.
Ainsi, nous vous présentons ici une série d’articles
sur trois organisations que nous avons rencontré à Tijuana.
Celles-ci luttent conjointement face à l’exploitation qui
se vit dans les maquiladoras, particulièrement au niveau du travail,
de la condition des femmes et de l’environnement. Voici donc le
CITTAC (Centre d’information pour les travailleurs
et travailleuses), la maison de la femme Factor X et
le Colectivo Chilpanchingo qui nous parlent de ce qu’ils
font.