Les
Maquiladoras à Tijuana - CCPJA
Colectivo
Chilpancingo Pro Justicia Ambiental
Collectif Chilpancingo Pro-Justice Environnementale
19
mars 2004, Tijuana, Baja California del Norte,
Mexico
écris par Johanne Pelletier et Francis Murchison
Sanctionnée
par le gouvernement mexicain, Metales y sus Derivados, une
compagnie américaine de recyclage du plomb est venue s’installer
dans un parc industriel maquiladora de Tijuana au nord du Mexique. Comme
de nombreuses compagnies américaines et asiatiques enregistrées
aux Etats-Unis, cette entreprise est venue profiter de conditions avantageuses
depuis la signature de l’ALENA (Accord de Libre-Échange
Nord-Américain), pour s’établir sur un plateau nommé
Mesa de Otai, surplombant la Colonia Chilpancingo. Quelques années
plus tard, la compagnie s’est déclarée en faillite
et incapable de se défaire des contaminants. Le site a donc été
abandonné sans gestion aucune, avec les contenants de plomb se
décomposant au fil du temps.
La Colonia Chilpancingo héberge presque dix mille résidents,
majoritairement composée de jeunes familles. Beaucoup sont des
immigrants du sud du Mexique qui ont été expulsés
de leur terre et qui louent une chambre dans ce quartier pour épargner
le transport jusqu'à la maquila où ils travaillent. Le
transport coûte au minimum un dollar US par jour alors que le
travailleur gagne quotidiennement l’équivalent de cinq
dollars US.
Ainsi, ces habitants pauvres sont à la première ligne
d’exposition de la pollution par le plomb, se trouvant à
seulement 300 mètres de Metales y sus Derivados. Puisque l’absorption
du plomb chez l'adulte se fait principalement par l’eau et l’alimentation
et par la poussière chez l'enfant, le manque d’infrastructure
dans la colonie, comme en témoignent les rues non pavées,
exacerbe les risques pour la santé posés par les produits
toxiques de Metales y sus Derivados et d’autres maquiladoras.
Le plomb s’accumule dans les os et peut causer de sérieux
problèmes d’anémie ainsi que des effets neurotoxiques
principalement chez les enfants. Effectivement le plomb entraîne
une perturbation du développement neuro-comportemental de l’enfant
qui résulte en une réduction de l’intelligence et
des modifications du comportement.
De plus, les autres industries maquiladoras sur la Mesa rejettent leurs
eaux résiduelles chargées de produits chimiques dans les
rues de la Colonia. Elles s’accumulent ensuite dans un ruisseau
où se concentre un haut niveau de produits toxiques. La majorité
des habitants sont en âge reproductif et l’incidence d’avortements
spontanés est fréquente. Sept cas d’anocéphalie
et d’hydrocéphalie ont été signalés
alors qu’une indication de trois cas dans une communauté
de cette taille informe d’un danger indubitable.
Une résistance environnementale d’aplomb!
Il y a
quatre ans, le Collectif Chilpancingo Pro-Justice Environnementale
a été formé par des membres de la Colonia qui ont
commencé des rencontres dans différentes maisons. Le Collectif
est une organisation communautaire d’ample participation, comptant
de 10 à 20 membres actifs. Ces derniers sont pour la majorité
sans emploi, d’ex-travailleurs de la maquila ou provenant de familles
de travailleurs. Depuis deux ans, le groupe occupe un local et reçoit
un appui du Environmental Health Coalition, une organisation
localisée à San Diego qui paie le loyer, le téléphone,
l’internet et le matériel de bureau. Un comité exécutif
de cinq personnes se charge de faire des liens avec d’autres groupes,
d’assister à des réunions, de répartir l’information
et d’élaborer des documents. Ce comité est aussi
chargé de représenter la voix de la communauté
dans les communications avec le gouvernement mexicain.
Revendiquer la responsabilité de l’État.
En effet,
le Colectivo Chilpancingo ont entrepris un dialogue avec le
gouvernement pour qu’il nettoie le site de Metales y sus Derivados.
En réponse, celui-ci formera un comité avec des représentants
des trois niveaux de gouvernement soit fédéral, étatique,
et municipal, bien que la responsabilité de contamination par
les substances toxiques relève cependant du fédéral.
Pour de bonnes raisons, la communauté veut être représentée
dans le comité puisque les résidents de la Colonie sont
ceux qui sont affectés.
Prochainement, les membres de l’organisation vont initier une
enquête de santé pour obtenir la preuve scientifique des
impacts de cette pollution sur la Colonie. Ainsi, pensent-t-ils, le
gouvernement devra accepter les résultats et agir en conséquence.
Pour l’enquête, ils préparent un questionnaire destiné
aux familles afin de vérifier si elles ont des maladies pouvant
résulter d’une contamination au plomb.
Une chaîne d’information
Après
avoir reçu des formations, les membres du Collectif deviennent
des promoteurs qui diffusent l’information à l'intérieur
de la zone. Entre autre, ils éduquent les gens de la Colonia
sur les produits toxiques pour tenter de prévenir les contacts
avec les contaminants. Leur sensibilisation vise aussi à exiger,
de la part des résidents, un milieu de vie sain, sans risque
de contamination.
D’un autre côté, le Colectivo Chilpancingo
offre des ateliers d'information sur les produits toxiques domestiques
comme les produits nettoyants, les insecticides et les désinfectants.
Le but est d’éliminer l’usage de ce type de produits
et de les remplacer par des produits moins chers comme le vinaigre et
le bicarbonate. Ils travaillent à offrir une éducation
environnementale à des groupes de femmes qui perpétuent
une chaîne d’information en donnant des ateliers à
d’autres femmes et à des parents dans les garderies et
les écoles. Cette démarche vise donc à diminuer
la production industrielle des contaminants qui sont dangereux pour
l’environnement et les travailleurs qui les fabriquent. Magdalena
Cerda, membre du Collectif, nous disait en riant que lors des ateliers,
les promoteurs donnent l’exemple d’une publicité
pour parler des produits toxiques: « S’il tue la coquerelle,
qu’est-ce qu’il ne tuera pas. - Si mata cucaracha que
no matara. »
Une alliance internationale face à l’adversité.
Le
Colectivo Chilpancingo de Tijuana et Environmental Health Coalition
de San Diego ont décidé de former une alliance internationale
pour émettre une plainte à la Commission de Coopération
Environnementale (CCE). Le CCE est chargée de se pencher
sur les conflits environnementaux qui pourraient être occasionnés
par les relations commerciales depuis la signature de l’ALENA.
Ils ont réalisé une déclaration de faits stipulant
le bien fondé de l'essentiel de la plainte émise par la
communauté. La Commission n’a cependant rien fait.
Une injustice pour le Mexique.
Après
s’être battue avec Metales y sus Derivados, l’alliance
a constaté un manque manifeste dans l’ALENA. Cet accord
ne fournit pas les ressources nécessaires pour protéger
les communautés et l’environnement. En effet, il ne prévoit
aucune sanction pour les chefs d’entreprises ou les pollueurs.
Il n’y a aucun fond disponible pour résoudre les problèmes
causés par le libre-échange, ni pour défendre ou
compenser les citoyens. Le gouvernement demeure donc le seul responsable
dans le règlement les problèmes occasionnés par
les entreprises qui profitent de l’ALENA. Magdalena affirmait
: «C’est une injustice pour le Mexique puisque l’unique
bénéfice que le pays gagne est le salaire (des employés
des maquiladoras), des salaires de crève-faim où les gens
y laissent leur vie et vivent sans dignité.- Es una injusticia
para Mexico porque el unico quel pais gana es salario y salario de hambre
donde la gente deja su vida y viven sin dignidad.»
Ainsi,
la Colonia Chilpancingo reste au prise avec ces problèmes
de contamination au plomb, sans aucune aide de la part du responsable
de l’implantation de cette fonderie à Tijuana, c’est-à-dire
l’ALENA. Aucun mécanisme présent dans cet Accord
ne répond de manière efficace à la contamination
au plomb qui menace la santé, l’intégrité
et la vie de la communauté de la Colonia Chilpancingo.
Cette population, dont la situation est précaire, n’a pas
les moyens de déménager dans un endroit moins pollué,
de s’acheter des aliments libres de contaminants et de payer des
traitements pour leurs enfants. On voit se tracer clairement une ligne
de partage entre les riches et les pauvres. Les premiers peuvent se
payer un environnement sain et les autres doivent subir la pollution
associée à leur statut, la pauvreté. Voilà
un des brillants résultats de l’ALENA dans ce coin du monde.
Heureusement,
les membres de la communauté s’organisent et luttent fort
afin d’exiger de ne pas se faire contaminer. Le Colectivo
Chilpancingo continue de lutter pour la justice à travers
de nombreuses activités, incluant le nettoyage de Metales
y sus Derivados. La décontamination du site reste à
la charge du gouvernement mexicain qui ferait mieux d’envisager
une renégociation de l’ALENA alors que d’autres cas
d’injustice similaires s’accumulent sur son territoire.
À la place, il négocie pour la Zone de Libre-Échange
des Amériques…
Colectivo
Chilpancingo Pro Justicia Ambiental
Tel: (664) 647-7766
Environmental
Health Coalition
www.environmentalhealth.org