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Les Maquiladoras à Tijuana - Factor X

 

Les Maquiladoras à Tijuana - Factor X

17 mars 2004, Tijuana, Baja California del Norte, Mexico
écris par Johanne Pelletier et Francis Murchison

Nous arrivons dans la cour-arrière des locaux de Factor X après une poussiéreuse promenade à vélo à travers le trafic agité du midi, en plein cœur de Tijuana. Carmen Valadez, coordonnatrice générale, nous accueille parmi ses collègues, un groupe de femmes pleines d’entrain et affairées. On nous amène faire un tour de la Maison, jasant avec ces enthousiastes féministes qui nous introduisent aux différentes choses qu’elles font. Elles nous montrent où sont offerts les services du centre ainsi que les endroits où les programmes de recherche et d’empowerment prennent place. Carmen nous confie comment les employées et les bénévoles de la Maison travaillent avec le but plus large de supporter l’auto-organisation des travailleuses ou ex-travailleuses de la maquiladora, ainsi que celles œuvrant à domicile. Nous avons passé l’après-midi avec ces gens qui nous ont partagé leur expérience dans la lutte pour changer les conditions des femmes au travail, à la maison et dans la communauté.

En tant qu’activiste de longue haleine pour les droits des femmes, Carmen nous explique comment Factor X a commencé en 1989. Elle y était lorsqu’un groupe d’amies féministes, activistes et artistes commençaient à se rencontrer de façon régulière dans leurs propres maisons pour s’attaquer au problème de la prohibition de l’avortement au Mexique. En 1994, elles commencent à travailler sur le thème des maquiladoras pour répondre aux besoins des travailleuses. Actuellement, Factor X emploie 16 femmes et un homme. À travers leurs activités générales, la Maison mène une campagne permanente contre la violence faite aux femmes et distribue l’information sur les droits et les conditions des femmes dans les usines. Avec le Cittac, elles publient le Boletin Maquilero et travaillent dans un Réseau local de travailleurs et travailleuses de la Maquila (Red Local de Trabajadores y Trabajadoras de la Maquila). Comme membre du mouvement féministe et des travailleurs, Factor X s’active à construire des groupes et des réseaux d’action, d’empowerment et de solidarité. De ce fait, elles collaborent avec le Réseau Mexicain des Travailleuses de la Maquila (Red Mexicana de Trabajadoras de la Maquila), l’Espace mexicain d’organisation dans la Maquila (Espacio Mexicano de Organizacion en la Maquila) et Maquila Solidarity Network.

Carmen nous guide à travers les différentes pièces de la maison où les services sont offerts. Elle explique comment le support qu’elles reçoivent à travers les bourses et les fonds ainsi que par le travail bénévole permet au centre d’offrir ces services. Nous avons visité la modeste clinique où les femmes peuvent recevoir des examens médicaux à faibles coûts, fournis par des médecins bénévoles. Des services dermatologiques, une assistance pédiatrique pour leurs enfants et des examens gynécologiques incluant la planification familiale et les contraceptifs sont aussi offerts. Une assistance psychologique est également accessible pour les femmes à travers des thérapies individuelles ou des groupes d’entraide. Deux avocates fournissent une assistance légale gratuite aux femmes qui ont des problèmes à l’usine et ont besoin de procéder à la Junta (Cour du travail), ainsi qu’une assistance légale au civil dans le cas de divorce et de demande de pension alimentaire.


Les hits numéro 1 chez les femmes!

La question des maquiladoras est un enjeu spécialement important pour les femmes puisque ce sont de jeunes femmes âgées entre 18 et 35 ans qui forment la majorité de la force de travail. Autant qu’elles doivent prouver qu’elles ne sont pas enceintes pour avoir et maintenir un emploi dans la maquila, les femmes sont aussi mises sous pression pour démissionner si elles sont trouvées enceintes. Selon la loi, une femme enceinte peut travailler uniquement sur l’horaire de jour, loin de tout produit chimique dangereux et ne doit en aucun cas transporter des matériaux lourds. L’entreprise doit payer le plein salaire à une femme durant six semaines à la fin de sa grossesse et six semaines après l’accouchement suivant la Loi fédérale du Travail (Ley Feredal del Trabajo). Malgré la loi, les femmes enceintes se voient imposer une détérioration des conditions de travail et sont assujetties à une augmentation du niveau d’harcèlement dans un effort pour les forcer à quitter avant le congé de maternité. Pour éviter de mauvais traitements, les femmes vont souvent cacher leur grossesse et continuer à travailler dans des conditions qui mènent fréquemment à des fausses-couches. De plus, l’harcèlement des femmes est d’occurrence quotidienne dans les usines et, bien que ce soit un délit au Mexique, il s’agit d’une offense criminelle qui ne peut être menée devant la Cour du travail. Ceci rend les poursuites pour le harcèlement en milieu de travail coûteuses, compliquées et moins accessibles pour les femmes de la maquila.


Investigation et diffusion: cartographier le travail à domicile.

Ana Enrique était concentrée, assise devant son ordinateur, lorsque nous sommes entrés dans son bureau et laissa de côté son travail pour discuter un moment avec nous. Elle nous parla à propos du projet d’investigation en cours qui vise à chercher et cartographier le travail à domicile à Tijuana. Ce projet de trois ans prendra fin bientôt et vise à recueillir de l’information sur cette industrie invisible. Cette industrie du travail à domicile est composée majoritairement de femmes sous contractantes ou encore de travailleuses autonomes qui réalisent différentes tâches à partir de leur propre foyer en échange d’un revenu en argent. Par exemple, les maquiladoras d’électroniques cherchant à couper dans les coûts de production peuvent sous-contracter de l’assemblement de câbles pour la production à domicile.

Par ailleurs, particulièrement dans le cas du travail sous-contrat, les conditions des travailleuses sont pires que dans les maquilas parce que celles-ci n’ont pas accès à la sécurité sociale ou à d’autres avantages sociaux. Aussi, les travailleuses sont isolées et manquent de reconnaissance sociale face à leur travail; elles sont souvent fraudées ou non-payées par leur sous-contracteur. Pour la plupart, ces femmes ne réalisent même pas que leur travail est considéré comme du travail à domicile et qu’elles peuvent être protégées par la loi mexicaine. HomeNet, un réseau de solidarité internationale pour les travailleurs à domicile et leurs organisations, nous informe que : « Ils (travailleurs à domicile) ne sont pas reconnus comme faisant partie de la force de travail ou comme faisant une importante contribution à l’économie. Pourtant, partout dans le monde, le travail à domicile est en augmentation, avec une croissance du travail sous-contrat et du global marketing. »

Ainsi, le projet de recherche vise à comprendre quels types de travail à domicile existent à Tijuana et à aider à le faire reconnaître comme un emploi formel. Du même coup, les chercheurs de la Maison tentent de prévenir l’éventuelle création d’une chaîne de sous-contractants à grande échelle dans la ville de Tijuana. Par des visites à la maison, la distribution de bulletins d’information et de matériaux didactiques, Factor X tente de sensibiliser les travailleurs à propos de leur industrie et de leurs droits. De même, l’information recueillie dans l’enquête est recompilée et redonnée aux travailleuses afin de la rendre accessible pour elles si elles souhaitent s’organiser.


Développer la capacité d’action.

Lupita, une travailleuse de la maquiladora et promotrice pour Factor X, nous a parlé de son expérience personnelle dans d’humiliantes conditions de travail. Elle nous a décrit comment les travailleurs devaient se rapporter à l’office de l’usine de façon à avoir du papier pour aller à la toilette et qu’ils étaient limités à cinq minutes ou encore accompagnés par un superviseur. À Tijuana, les maquiladoras d’électroniques reconnues telles que Sanyo et Panasonic, offrent les salaires les plus bas. Travaillant pour une compagnie coréenne d’électroniques, Lupita se trouvait dans l'interdiction de quitter son poste de travail pour aller boire de l’eau. Mère de cinq enfants, Lupita vit au jour le jour dans des conditions précaires comme beaucoup de travailleurs de la maquila. Parfois, la compagnie l’exposait à attendre jusqu’à douze heures pour recevoir son chèque de paie, retenant les fonds nécessaires pour qu’elle puise prendre l’autobus et dormir jusqu’à son prochain jour de travail. Elle nous a aussi parlé de la discrimination notable envers les travailleurs âgés ou sans éducation secondaire qui ont moins de possibilité d’emplois dans la maquila. Ceci fait le jeu des employeurs qui leurs imposent les pires conditions de travail.

De plus, en tant que promotrice pour l’empowerment, cette femme de trente ans prépare et donne des cours aux travailleuses de la maquiladora sur les droits du travail et de genre ou encore, assiste celles qui ont des problèmes dans l’usine. Si elle est témoin d’un abus dans son milieu de travail, lorsque les employeurs font pression sur un travailleur pour qu’il quitte son emploi par exemple, Lupita discute de manière informelle avec la personne en question à propos de ses droits, sans bien sûr s’identifier comme une promotrice de Factor X. Lupita nous disait qu’elle avait noté comment les femmes sont plus à même de reconnaître leurs droits et de se défendre elles-mêmes après avoir participé à un atelier d’empowerment.

Finalement, en tant que féministes, notre visite chez Factor X nous a rendu fiers de voir ce que ces femmes font. Nous sommes fiers de voir comment elles se battent pour changer les conditions de la femme en fournissant des outils pour que celles-ci trouvent leur force en elles-mêmes et qu’elles s’organisent dans la maquila. Ces outils sont fournis à travers différents services spécifiques aux femmes ainsi que par des cours et des ateliers, sans oublier bien sûr le programme de recherche et de diffusion, important instrument utilisé afin de briser l'isolement des travailleuses à domiciles, et ainsi leur permettre de trouver la solidarité parmi leurs paires. Cette solidarité est ce qui motive les travailleuses et bénévoles de Factor X à amener les femmes à se battre ensemble contre l’abus et à améliorer leurs conditions de travail. L’abus que subissent les travailleuses dans l’industrie maquiladora et dans le travail à domicile ne s’arrêtera pas demain, mais de plus en plus de femmes deviennent prêtes à réagir à cette exploitation du travail et de genre à Tijuana.


HomeNet- The International Network for Homebased Workers.
Site internet : http://www.gn.apc.org/homenet/

Casa de la Mujer Grupo Factor X, A.C.
Junipero Serra, 14364 int. 1y 5
Fracc. Reynoso. La Mesa
Tijuana, B.C. C.P. 22460
Tels. (664) 622-4217 and 621-6422
Email: factorx@telnor.net

Colectivo Chilpancingo Pro Justicia Ambiental
Tel: (664) 647-7766

Environmental Health Coalition
www.environmentalhealth.org