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Eugene Springfield Solidarity Network

 

Eugene Springfield Solidarity Network

29 novembre 2003, Springfield WA
par Francis Murchison et Johanne Pelletier
photos disponibles bientot

Il était une fois une usine…

Durant les années 80, Springfield Oregon était la demeure d’une usine de bois d’œuvre qui employait un bon nombre de travailleurs bien payés qui par le fait même, contribuaient à la prospérité de la communauté. Tout n’était pas si parfait cependant, puisque comme 1’année 1987 arrivait, l’usine commença à ordonner à ses employés de faire du temps supplémentaire et de réduire leur couverture pour les soins de santé s’ils désiraient garder leurs emplois. Durant cette période, on pouvait observer le phénomène à la grandeur du pays puisqu’entre 1988 et 1994, le pourcentage d’employés couverts par une retraite d’entreprise chuta de 75% à 42% alors que ceux couverts par une assurance maladie passa de 60% à 45%. Les travailleurs de l’usine de bois d’œuvre furent outragés par ces menaces des chefs de l'entreprise et leur syndicat organisa une grève générale pour manifester contre le bris de contrat. En réponse à la grève, l’usine mit les grévistes en lock out et embaucha des travailleurs de remplacement. À ce moment, les membres du syndicat réalisèrent qu’ils étaient pris à la gorge et qu’ils auraient besoin d’aide pour récupérer leurs emplois. C’est alors qu’il décidèrent de rallier la communauté. D’autres syndicats dont les membres craignaient un traitement similaire, des leaders politiques et religieux de même que des entreprises locales se sont rassemblés pour supporter les travailleurs de l’usine en grève pendant plus d’un an avant que leurs emplois leur soient rendus. Environ deux mois plus tard, l’usine déménagea ses opérations au Tennesse et en Argentine où les lois sur les droits des travailleurs étaient plus relâchées.

Par la suite, lorsque la bataille contre l’usine fut conclue, la coalition devint Eugene-Springfield Solidarity Network (ESSN). Le mouvement a continué ses activités et ESSN compte maintenant quelques six cent membres ainsi qu’une douzaine d’organisations membres. L’organisation est dirigée par un conseil d’administration de huit personnes et possède de nombreux sous-comités oeuvrant sur des sujets aussi importants que l’éducation populaire et la sensibilisation. ESSN se procurent les fonds nécessaires grâce à des bourses qui sont offertes occasionnellement par de petites fondations privées ainsi que par une cotisation de leurs membres de quinze dollars annuellement. L’organisation demande aussi à ses membres de participer à un minimum de cinq actions chaque année.

Peu après sa formation en 1989, ESSN est restée principalement une organisation basée sur l’action ponctuelle. Lorsque des employés étaient traités injustement dans un lieu de travail, elle se mobilisait en organisant des actions auprès de l’entreprise en question pour gagner l’attention des médias de façon à éviter que le problème ne soit balayé sous le tapis. Ils contactaient différents leaders dans la communauté, des leaders religieux et des représentants élus afin qu’ils rencontrent l’entreprise en question, ou pour qu’ils fassent une déclaration officielle sur ce problème. Malgré que son champ d’action soit maintenant plus large, ESSN continue à aider les travailleurs à revendiquer leurs droits. Par exemple, l’organisation s’est récemment mobilisée de cette façon afin que deux employés du magasin d’électronique local Circuit City, d’une chaîne distribuée à la grandeur du pays, retrouvent enfin leurs emplois. Ces deux employés auraient prononcés le mot « syndicat » sur les lieux de travail sans avoir d’intention à ce sujet et subséquemment, auraient été renvoyés. Au moment où l’organisation a été rencontrée, celle-ci continuait son action auprès de Circuit City, accusée d'avoir effectué une campagne d'intimidation auprès de ses employés, de manière à décourager toute tentative de syndicalisation.

Rendus à un certain point de l’évolution de ESSN, les membres réalisèrent que quoiqu’ils obtenaient de francs succès dans leurs campagnes contre les employeurs ne respectant pas les droits des travailleurs, ils avaient besoin de construire une structure qui allait compléter les actions ponctuelles. C’est ainsi que la présente campagne communautaire a commencé avec la mission d’améliorer l'ensemble des conditions des travailleurs à Eugene, Sprinfield et Lane County. Une des plus importantes contributions de ESSN au niveau local est de faciliter la formation de syndicats. L’organisation met les travailleurs en contact avec d’autres syndicats et des éducateurs dans le domaine du travail, en particulier lors de situations où les travailleurs sont exploités d’une quelconque façon. L’organisation continue de plus à se mobiliser pour supporter la syndicalisation dans le cas où l’employeur essaierait de la réprimer.

Un des principaux secteurs d’action de ESSN par leur campagne communautaire est de créer une situation où les lois de la région reflètent davantage les intérêts des travailleurs. À cette fin, ils avaient supporté localement une campagne menée à la grandeur de l’État, dont le principal gain fut l'augmentation du salaire minimum en Oregon, le plus haut niveau du pays à l’époque. Réalisant d'autre part que les grosses compagnies qui s’installent à Eugene et Springfield reçoivent des réductions d’impôt basées sur le nombre d’emplois qu’ils vont créer, ESSN s'est penché sur ces lois de manière à s'assurer que les emplois créés offrent des salaires décents, qu’ils sont créés localement et qu’ils vont aussi y rester.

Jusqu’à maintenant, leur persévérance a été récompensée puisque plusieurs résolutions ont été adoptées au niveau de projets de loi pour le développement économique. Celles-ci insistent sur des salaires décents, une assurance maladie complète pour la famille et sur la neutralité des employeurs dans le cas où les travailleurs décident de former un syndicat. Les batailles qui sont menées par ESSN ont une signification partout aux États-Unis où, de façon globale, les salaires n’ont pas augmenté depuis 1973. De plus, pendant qu’à Eugene et Springfield l’organisation se bat pour la création d’emplois qui offrent un salaire décent, à travers le pays, en 1998 plus de 18% de tous les emplois étaient à temps partiel et plus de 90% des emplois créés depuis ne sont que temporaires ou à temps partiel.

Cependant, les activités de Eugene-Springfield Solidarity Network ne se font pas sans opposition. Par exemple, lorsqu’ils ont tenté de faire changer des lois à Eugene pour augmenter le nombre d’emplois à salaire décent, le Conseil municipal de la ville a fait des déclarations à l’effet qu’aucun changement à la loi n’était nécessaire puisque la situation de l’emploi à Eugene était parfaitement satisfaisante. ESSN à donc tenté de rendre public certaines informations au sujet du salaire des conseillers municipaux, ainsi que le type de voiture qu’ils possèdent, afin de montrer qu’en tant qu’individus bénéficiant de hauts revenus, ces derniers n’étaient peut-être pas en bonne position pour juger avec exactitude de la situation du travail dans la région.

De plus, la tendance néo-libérale actuelle aux États-Unis favorise la privatisation des services publics tels que l’éducation, la santé et l’électricité. De manière à mettre de l’avant cette privatisation, les gouvernements fédéral et de chaque État ont adopté un agenda anti-impôt et anti-gouvernement. Il en résulte que malgré une augmentation de la demande dans les services publics de l'Oregon par exemple, qui est dû en partie à la croissance de la population, une limite a été imposée selon de taux d’impôt prélevé par l’État. Ceci engendre le fait que le gouvernement de l’État se retrouve sans argent pour financer le secteur des services publics et se voit forcé de faire des coupures dans des services essentiels. Dans un effort pour remédier à la situation et à ses effets sur la qualité de vie en Oregon, ESSN s’est joint à la Oregon Tax Justice Coalition. Le groupe s’engage dans cette coalition pour tenter d’informer leurs membres et le public en général sur l'impact local et quotidien des décisions économiques prises en matière d'imposition.

Face aux accords de libre-échange.

À un niveau plus large que les limites d’imposition de chaque État, les accords de libre-échange reflètent aussi les politiques néo-libérales aux États-Unis et ailleurs. Sarah, l’unique employée de ESSN, nous confiait comment l'Accord de Libre-Échange Nord-Américain (ALENA) avait changé l’emploi aussi bien en Oregon qu’à travers le pays. Le principal employeur en Oregon avant l’ALENA était l’industrie du bois d’oeuvre. L’ALENA est entrée en jeu au moment où l’industrie du bois se faisait interpeller pour devenir plus durable au niveau environnemental. L’ALENA a ainsi permis à plusieurs compagnies en Oregon d’éviter les standards environnementaux qui s’établissaient, en déménageant leurs opérations ailleurs, majoritairement dans le sud.

Cette situation s’est produite dans plusieurs industries au Canada et aux États-Unis, où les compagnies sont relocalisées à l’extérieur du pays pour avoir accès à une main-d’œuvre à bas prix, à des exonérations fiscales et à la suppression des droits de douanes. De plus, six ans après la signature de cet accord, plus de 2300 sites de production ont fermé leur porte ou ont été relocalisés vers le Mexique, détruisant plus de 230 000 emplois directs aux États-Unis. Ainsi, ce libre-échange a engendré un grand nombre de sans-emploi et à transformé des emplois syndiqués à salaire décent pour des emplois à salaire minimum et à temps partiel, principalement dans le secteur des services et de la vente au détail.

Dans le futur, Eugene-Springfield Solidarity Network planifie d’aider à la formation de d’autres syndicats dans la région, de manière à assister les travailleurs à s’aider eux-mêmes. Ces desseins sont dirigés principalement vers les situations d’exploitation des employés comme c’est le cas au Nord de Eugene, chez un manufacturier du nom de Monaco Coach. Il s’agit d’un grand employeur où sont construits des véhicules récréatifs qui se vendent plusieurs centaines de milliers de dollars. En contraste avec ces produits de luxe combinant le camping et l’inefficacité énergétique, les employés de la compagnie sont payés au salaire minimum et ne bénéficient pas d’assurance santé, ce malgré les conditions de travail dangereuses. Bien souvent les syndicats existants dont la mission, quoique progressive, se concentre à servir leurs membres, évitent de former de nouveaux syndicats, principalement à cause du manque de ressources.

Ce manque de volonté est fortement teinté par l’ancienne garde qui craint que de nouveaux affiliés apportent une influence différente et de nouvelles idées déstabilisantes.

Pour finir, en 1994 seulement, les profits des grandes corporations aux États-Unis ont augmenté de 40% alors que plus de 520 000 emplois ont été coupés. Ceci implique donc une augmentation des sommes d’argent qui sont gagnées par une fraction toujours décroissante de la population. Voilà justement le genre de processus contre lequel Eugene-Springfield Solidarity Network tente de lutter de façon à augmenter la qualité de vie dans leur communauté.


Eugene Springfield Solidarity Network
PO Box 10272 Eugene, OR 97440
Phone: (541) 736-9041
E-mail: essn@efn.org