Dungeness
Organic Produce
28
novembre 2003, Sequim WA
par Johanne Pelletier et Francis Murchison
photos disponibles bientot
Alors
que l’agriculture était au cœur des conflits qui ont
mené à l’échec de la conférence ministérielle
de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) à Cancun (10-14
septembre 2003), certains fermiers des États-Unis s’opposent
eux aussi aux subventions accordées aux grandes firmes agroalimentaires
de leur pays. En effet, Nash et son équipe de la ferme Dungeness
promeuvent un tout autre type d’agriculture: local, biologique,
durable et plus humain. Dans une petite ferme située à
Sequim sur la Péninsule Olympique de l’État de Washington,
ces gens font beaucoup plus que la culture des meilleures carottes au
monde. Ils tentent tout d'abord de conserver une agriculture locale
en résistance face à la chute des prix et au développement
résidentiel.
Il y a environ une quarantaine d'années, d'importants changements
affectant l'économie locale majoritairement basée sur
l’agriculture ont porté atteinte aux fermiers qui ont vu
leurs revenus décroître, décourageant du même
coup leurs enfants à continuer la culture de la terre vues les
difficultés encourues par leurs parents. Ces changements, qui
ont été opérés à la grandeur du pays,
résultent de la Révolution verte dont le principal objectif
était de tendre vers une agriculture à grande échelle.
Plus récemment, une autre variable tend à complexifier
la problématique. En effet le climat plus sec et plus ensoleillé,
comparativement au reste de l’ouest de l’État de
Washington, attire un bon nombre de retraités à venir
y passer leur vieux jours. Conséquemment, le développement
résidentiel est venu empiéter rapidement sur les riches
terres arables de la région, entraînant ainsi une augmentation
de la valeur foncière.
Or Nash Huber, un fermier original et dévoué à
l’agriculture biologique, a progressivement développé
sa production dans le delta, au cours des 25 dernières années.
Alors que l’économie locale n’était pas encline
à supporter le prix initial de la nourriture bio ou même
à supporter un maraîcher local, Nash a dû prendre
la décision d’atteindre l’échelle du marché
et de vendre en gros à Seattle pour pouvoir survivre comme fermier.
En accroissant sa production, il croyait pouvoir remplir des objectifs
plus grands : ceux de préserver les terres arables sous culture,
d’impliquer des gens dans le projet, de créer de l’emploi
et ainsi, de faire perdurer les connaissances de la terre.
PCC
Farmland Fund- des citadins au secours des terres agricoles.
Alors que la ferme de Nash grossissait pour atteindre le marché
en gros, son principal vendeur, la carotte, faisait fureur chez Puget
Consumers Co-op Natural Markets (PCC) une coopérative de la région
de Seattle. Ne pouvant répondre à la demande, le fermier
encouragea la coopérative à impliquer ces membres dans
la protection des terres agricoles et à supporter les fournisseurs
locaux. Puisque l’agriculture telle qu’ils la pratiquent
n’est pas assez lucrative pour permettre à ces producteurs
d’acheter davantage de terres cultivables, il fallait trouver
un moyen pour aider ces agriculteurs à augmenter leur production.
Ce fut un incitatif majeur pour le PCC à démarrer le Farmland
Fund. Dans un effort de conservation, le Farmland Fund est maintenant
une organisation à but non-lucratif qui achète des terres
et leur applique un statut de conservation afin de les préserver
à jamais du développement. Pour ce faire, l’organisation
fournit un permis à vie aux fermiers qui veulent cultiver ces
terres. Ceci permet donc aux agriculteurs locaux d’agrandir leur
ferme et contribue aussi à protéger ces sols fertiles
de l’étalement urbain.
Un
projet local : l’agriculture supportée par la communauté.
Il y a quelques années, Dungeness Farms ont débuté
un projet d’agriculture supporté par la communauté
pour les gens de la région de Sequim. Cette initiative fournit
aux gens de la nourriture de qualité et aide à protéger
les terres agricoles. En payant le montant complet à l’avance,
les gens s’engagent à respecter leur implication, aidant
ainsi la ferme à survivre et donnant accès à des
produits diversifiés tout au long de l’année. Plus
de quatre-vingt familles sont maintenant membres et leur engagement
aide à sauver des terres dans la vallée. Chaque semaine,
la ferme remet aux membres un pamphlet d’information qui parle
de la ferme, donne des idées de recettes et offre des conseils
santé. L’équipe propose aussi des visites de la
ferme et organise chaque année une fête champêtre
pour les gens de la région. Ces activités permettent aux
gens de créer un lien entre ce qu’ils mangent et leur environnement
et de renouer avec la terre. De plus, ils suivent chaque semaine, par
leur boîte de légumes frais, le rythme des saisons. Ce
projet communautaire permet des interactions face à face, créant
des relations plus humaines entre les gens de la ferme et les membres
de la communauté.
La
culture biologique, du bas jusqu’en haut de l’échelle.
Il existe différentes échelles d’opération
pour les cultures biologiques, de la petite ferme où tout le
travail est effectué à la main jusqu’aux fermes
hautement mécanisées. Dungeness Organic Farms se situe
quelque part entre les deux. Celle-ci emploie jusqu’à vingt
personnes et entre 6 à 8 durant la basse saison, autour du mois
de mars. Bien que la ferme soit mécanisée, les opérations
donnent encore beaucoup de travail. Nash et son équipe utilisent
des tracteurs et d’autres outils mécanisés, principalement
pour éviter de passer tout leur temps dans le champ à
racler... En effet, ils sont toujours confrontés à la
présence d'insectes et de maladies, ce qui constitue un véritable
problème qu'ils tentent de combattre avec des moyens restreints,
quoiqu'en utilisant toujours des méthodes avec la plus faible
toxicité possible.
Selon Scott, un responsable chez Dungeness Organic Produce, la production
biologique à grande échelle a des impacts importants et
non-négligeables. Du point de vue écologique, le manque
de diversité des cultures a des implications négatives
sur les sols et leur biodiversité, ce qui empêche le bon
maintien d'un système agricole durable. Du point de vue économique,
les opérations à large échelle font chuter les
prix, entre autre à cause que l’agro-industrie biologique
est éligible aux subventions agricoles. Les petites opérations
n’ont ni le temps ni l’argent pour remplir les nombreuses
exigences associées à ce type de demandes. Ces subventions
sont donc une pierre angulaire de la disparition des fermes à
petite production.
Tout
commence par une graine…
Depuis quelques années, les fermes Dungeness ont décidé
de produire leurs propres graines en réaction à la diminution
des ressources chez leurs fournisseurs et à l’élimination
de l’accès à certaines variétés. Selon
les gens de la ferme Dungeness, cet état des choses est alarmant,
eux qui considèrent les différentes variétés
d’aliments comme un héritage issu de plusieurs siècles
de sélection, héritage qui doit être préservé
pour les générations futures.
Finalement,
Nash et toute son équipe se donnent avec ferveur pour préserver
les terres agricoles sous culture et pour faire revivre la communauté
rurale. Ils offrent des légumes biologiques de qualité
et dont les variétés constituent un héritage pour
leurs enfants. Avec leur énergie débordante et leurs mille
projets en tête, nous pouvons être sûrs que les graines
semées sauront pousser.
Dungeness
Organic Produce
1865 E. Anderson Rd.
Sequim, WA 98382
PCC
Farmland Fund
4201 Roosevelt Way NE
Seattle, WA 98105
Ph:(206)-547-1222
e-mail: farmlandfund@pccsea.com
website : www.pccnaturelmarkets.com/info/farmland.html