The
Anti-Poverty Committee
novembre
2003, Vancouver BC
par Johanne Pelletier et Francis Murchison
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Le
centre-ville de Vancouver héberge une organisation locale oeuvrant
pour les sans-abris de la métropole. Fondée il y a dix
ans par un groupe de citoyens concernés, vivant eux-mêmes
dans la rue, Anti-Pov assiste cette portion de la population dans leur
démarche pour accéder à des services comme le bien-être
social, les maisons pour sans-abris et les logements sociaux.
Lors de notre rencontre avec le représentant d’Anti-Pov,
il fut notamment question de l’accroissement des difficultés
rencontrées par l’organisation depuis quelques années,
alors que les coupures du gouvernement ont causé une augmentation
drastique du taux de sans-abris à Vancouver, soit 75% dans la
dernière année seulement. Ces coupures ont eu un impact
très important dans le secteur des services sociaux; au moment
même où le besoin se fait sentir d’une manière
plus alarmante, les services sont devenus eux presque inexistants. Pour
couronner le tout, le 1er avril de la prochaine année, une limite
de deux ans sera imposée sur le bien-être social accordé
aux individus employables. Entre 27 000 (Vancouver Sun) et 50 000 personnes
(Anti-Pov) n’auront ainsi plus accès à se soutien
financier.
Les
gens d’Anti-Pov ne considèrent pas la population sans-abris
comme étant la cause du problème à Vancouver, comme
ils l’affirment dans leur journal :
« L’itinérance n’est pas jolie…Les
politiques brutales des Libéraux ont forcé les gens à
survivre selon n’importe quel moyen nécessaire et donc,
nous promettons de défendre les gens par n’importe quel
moyen nécessaire! » (Victory Tent City Newsletter
#1).
Ils
s’engagent ainsi par des actions directes à assurer aux
individus qui approchent l’organisation un accès aux services
sociaux. Ces individus sont alors accompagnés à travers
un processus de recherche de lits dans les maisons pour sans-abris et
de logements sociaux. Certains peuvent même être accompagnés
dans leur démarche pour prendre contact avec le Bureau du Bien-être
social.

quelques tentes dans le squat
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En
effet, comme il nous a été décrit par James,un
bénévole chez Anti-Pov depuislongtemps,
le système de Bien-être social est intentionnellement rebutant
pour les utilisateurs et la présence d’un représentant
de l’organisation lors d’une demande officielle offre souvent
un appui considérable au postulant. Les services sociaux locaux
connaissent bien l’organisation, ils savent aussi ce qui se passent
lorsqu’ils refusent de donner un chèque à un individu
représenté par Anti-Pov; en moins de vingt-quatre heures,
ils sont visités par un « flying squat »,
un petit groupe de sans-abris qui se campent devant leur Bureau et qui
ne quittent pas les lieux tant que le postulant ne se voit pas accorder
un chèque pour la prochaine date de tombée, situation
qu’ils préfèrent éviter.
Aussi,
de façon à faire pression sur le gouvernement de la Colombie-Britannique
pour augmenter la quantité de logements sociaux et pour se débarrasser
de la réglementation qui limite leur accès à deux
ans, Anti-Pov a mobilisé les gens de la rue. Ainsi, le 2 juillet
2003, une ville de tentes (tent-city) a été montée
dans Victory Square, un parc situé au centre-ville de Vancouver.
Le camp a été déplacé par deux fois de sa
location, mais il a continué à s’étendre
et se retrouve maintenant à deux endroits, le Strathcona Park
et le Creekside Park. Aussi souvent qu’ils le peuvent, les gens
d’Anti-Pov fournissent aux squatters des repas, des vêtements
et des tentes.
Comme
Anti-Pov l’affirme :
« Nous refusons de rester silencieux lorsque nos frères
et nos sœurs dorment dans les rues! Nous refusons de rester invisibles
lorsque les Libéraux jettent toujours plus de nos frères
et nos sœurs dans les rues! Nous nous batterons et nous gagnerons!
» (Victory Tent City Newsletter #2).
Ces
villes de tentes ont eu pour effet de faire voir la pauvreté
des rues de Vancouver aux yeux du public et des médias qui ont
pour leur part commencé à porter leur attention de plus
en plus fréquemment sur les camps.
Nous avons visité le tent-city située près d’une
énorme balle de golf communément appelé Science
World, à quelques mètres du bord de l’eau. Un petit
triangle de gazon portait un assortiment d’abris désordonnés.
Des barges bleus protégeaient toutes sortes de constructions
des pluies fréquentes à cette période de l’année.
La zone séparant les tentes étaient remplies de chariots
de magasinage, de bouts de bois, de vieux vélos, de vieux vêtements
et toutes sortes d’items qui ont été ramassés
dans les rues.

quelques tentes de plus!
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Dans
un site plus ordonné à l’ouest du camp, nous avons
rencontré un homme jovial d’une cinquantaine d’années
prénommé Marcel. Il nous a invité dans sa «
salle à dîner » où il a gracieusement
partagé des restants de sushi et de beignes provenant des restaurants
du coin. Il nous a dit comment cette section de tentes avait été
bâtie avec des gens qui travaillent et qui se mettent ensemble
pour trouver un peu de tranquillité, loin du groupe de toxicomanes
qui ont commencé à occuper le reste du camp. « Nous
ne voulons pas être ici », nous a-t-il dit, expliquant
comment les gens ont besoin de voir ce qui se passe et aussi, que le
problème ne disparaîtra pas de lui-même.
Notre
contact chez Anti-Pov nous a dit que le tent city avait apporté
une mauvaise publicité au gouvernement, permettant ainsi de créer
des contacts avec les bureaux de Larry Campbell, le maire de Vancouver,
et Gordon Campbell, le Premier Ministre de la Colombie-Britannique.
Les officiels du gouvernement ont apparemment communiqué à
Anti-Pov leur bonne volonté et leurs intentions de trouver une
solution réalisable au problème. Même si l’organisation
reste dans le doute face aux intentions du gouvernement à procéder
à un réel changement, James nous affirmait qu’il
est convaincu qu’un jour il n’y aura plus de gens vivant
sans abris dans les rues de Vancouver.
--fin