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L’affaire BC Hydro: une escroquerie de hauts lieux!

 

L’affaire BC Hydro: une escroquerie de hauts lieux!

novembre 2003, Vancouver BC
par Johanne Pelletier et Francis Murchison

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La Colombie-Britannique n'esp pas à vendre!

Le 6 octobre dernier une manifestation contre les politiques du gouvernement libéral de Gordon Campbell avait lieu dans le centre-ville de Vancouver. Sous le ciel gris et la pluie d’automne, trop peu de gens s’étaient déplacés malgré les enjeux majeurs dont il était question lors de l’événement. Entre autre, la privatisation du système hydroélectrique est un des sujets criants pour la population de la province comme dans le reste du Canada.

L’Alberta en 2000 et l’Ontario en 2002 ont déjà procédé à la dérégulation de leur secteur de l’énergie avec une augmentation des coûts de plus de 500% pour le premier, et 33% pour le deuxième. Le Québec, depuis la création de la Régie de l’Énergie, tente par tous les moyens de « valoriser le fort potentiel hydroélectrique de son territoire » pour faire prévaloir les Américains de ce service essentiel à bas prix made in Quebec, divergeant ainsi de son mandat initial qui est de fournir une électricité à faible coût et accessible à tous les Québécois. C’est maintenant le tour de la Colombie-Britannique de suivre cette tangente avec l’arrivée au pouvoir des Libéraux de Gordon Campbell.

B.C. Hydro, dont la propriété est détenue en totalité par le peuple de la Colombie-Britannique, réussit à maintenir ses coûts d’utilisation assez bas, soit les troisièmes plus faibles en Amérique du Nord. Elle fournit aussi des revenus annuels au gouvernement de l’ordre 850 millions, ce qui permet d’alimenter les services de soins de santé et d’éducation. Le Ministre de l’Énergie et des Mines Richard Neufeld annonçait récemment une augmentation des coûts pour l’année prochaine.
En effet, sans consultation publique et avec le désaccord de plus de 90 municipalités, le gouvernement en place orchestre la privatisation de secteurs clés des services hydroélectriques publics. La loi 10 (Bill 10) et la loi 39 (Bill 39) transfèrent un tiers des opérations et des travailleurs à une entreprise privée, Accenture, dont le bureau chef est basé aux Bermudes. Négociés en secret, les termes de l’accord actuel entre B.C. Hydro et Accenture privatisent le service à la clientèle, Westech (les systèmes d’information et les services), le réseau des services informatiques, les ressources humaines, les systèmes financiers, les services des achats et des dépenses ainsi que les services à la propriété.


manifestation à Vancouver

Accenture traîne derrière elle un lourd passé de controverses. Avant l’an 2000, Accenture était connue comme Andersen Consulting, le bras consultant de Arthur Andersen, une firme impliquée dans le scandale Enron. Initialement basée à Chicago, la firme a changé de nom pour relocaliser son Bureau chef aux Bermudes, un paradis fiscal, rendant impossible l’application de sanctions provenant des jugements rendus dans les tribunaux aux États-Unis ou dans d’autres pays. Cette même entreprise est critiquée pour exiger des coûts dépassant largement les services rendus. Par exemple en Ontario, cette firme a reçu le contrat pour privatiser le système social. Suite à la pauvre performance de Accenture, le Vérificateur général de l’Ontario (Auditor General of Ontario) signalait que les coûts du travail de la firme ont été 6 fois plus élevés que s’il aurait été opéré par le secteur public.

Par ailleurs, le gouvernement de la Colombie-Britannique subit les pressions importantes de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), un organe américain qui promouvoit la dérégulation aux États-Unis et au Canada, afin de faire avancer le libre-échange au niveau des services énergétiques. Le gouvernement provincial procède avec complicité au démantèlement de B.C. Hydro en trois secteurs - génération, distribution et transmission- une condition nécessaire, selon le FERC, à l’exportation de l’électricité vers les États-Unis.

Le gouvernement Campbell planifie pour l’automne 2004 que le système de transmission d’électricité soit assuré par RTO West (Regional Transmission Organization), une organisation dominée par des entreprises américaines. Un contrôle plus important par les États-Unis est prévisible dans la mesure où RTO West assumera le contrôle de la transmission de l’électricité; l’organisation décidera ainsi comment elle désire investir dans les infrastructures électriques, qui y aura accès et combien ils devront débourser.
De plus, il est à craindre que dans l’avenir la production d’électricité heurte davantage l’environnement depuis que le gouvernement a interdit le développement de nouveaux projets par BC Hydro au profit des compagnies privées. Celles-ci seront plus à même de préférer une source d’énergie au charbon qui est moins chère à développer que l’hydroélectricité, entraînant des conséquences connues au niveau de la pollution et du réchauffement global.

Le transfert de contrôle de B.C. Hydro à Accenture coûte déjà plus de 60 millions de dollars aux contribuables de la Colombie-Britannique. Le démantèlement de BC Hydro en trois secteurs signifie aussi une augmentation de la bureaucratie et des coûts ainsi qu’une diminution de la responsabilisation face à la population. Il s’agit aussi de laisser les


arrêtez de tout privatiser!

compagnies privées utiliser le système de transmission publique pour l’exportation d’électricité vers les États-Unis. De plus, toute nouvelle production d’électricité sera d’ordre privé et les coûts seront facturés au prix du marché, touchant tout particulièrement les régions éloignées de la province. Bien que le gouvernement à déclaré qu’il continuera à fournir aux consommateurs les avantages de l’électricité publique à faibles coûts pour une période de dix ans appelée « contrat d’héritage », nous avons raison de se demander ce qui se passera après cette période.

Cette privatisation de l’électricité s’avère un processus pratiquement irréversible sous l’Accord de Libre Échange Nord Américain (ALENA). En accord avec le Chapitre 11, les compagnies privées productrices d’électricité seront en effet protégées dans le cas d’un retour à une propriété publique, en exigeant du gouvernement des compensations pour « perte de profits » potentiels.

Il est donc possible de se demander en quoi ces changements peuvent être réellement bénéfiques pour la population de la Colombie-Britannique et servir le bien commun. À la lumière des événements en cours, il est possible de constater l’ampleur de cette usurpation et ce surtout lorsque plus de 60 000 personnes ont signé une lettre d’intention pour supporter une action citoyenne devant les tribunaux , cette action visant à freiner le processus de priv
atisation…

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter BC Citizens for Public Power, une organisation qui veut donner une voix à la demande des Colombiens-Britanniques pour conserver un système de production d’électricité public :
www.citizensforpublicpower.ca
info@citizensforpublicpower.ca

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