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WAVAW Women Against Violence Against Women

 

WAVAW Women Against Violence Against Women

octobre 2003 , Vancouver BC
par Johanne Pelletier et Francis Murchison

Au début des années 80, un groupe de femmes de Vancouver ont décidé de réagir face à une situation d’exclusion par la création de WAVAW (Femmes contre la violence faite aux femmes) en offrant des services de support pour toutes les femmes ayant subi des agressions sexuelles. Contrairement aux services qui existaient déjà, les mères fondatrices désiraient inclure les travailleuses du sexe, les femmes bisexuelles, les lesbiennes ainsi que les transsexuelles, entre autre parce qu’on observe un taux d’agressions plus élevé pour cette portion de la société. Les fondatrices de WAVAW sont convaincues que toutes les femmes qui survivent à une agression sexuelle ont besoin de pouvoir trouver du support.

Un soutien chaleureux

C’est dans un local anonyme de l’ouest de Vancouver que toutes les activités prennent place chez WAVAW. Dans une atmosphère chaleureuse et rassurante, plus de 30 bénévoles se relayent pour former la colonne vertébrale de l’organisation : une ligne d’urgence 24 heures sur 24 pour toutes les victimes d’agression sexuelle, c’est-à-dire autant les femmes, les hommes que les enfants. Parmi les trois cent à quatre cent appels d’urgence qui sont reçus chaque mois, les appels provenant d’hommes et d’enfants sont directement référés à des centres d’intervention appropriés qui travaillent en étroite collaboration avec cette organisation travaillant spécifiquement avec les femmes. C’est par contre dans son enceinte que la plupart des services sont offerts pour les femmes victimes d’agression sexuelle.

En tentant de répondre aux besoins de chaque ressortissante d’agression sexuelle, un programme de services spécialisés pour les victimes permet à ces femmes d’avoir accès à une liaison légale. Celle-ci aide les femmes à s’y retrouver parmi les procédures légales. Ces services incluent aussi un accompagnement de la ressortissante auprès de la police, ainsi qu’un accompagnement au tribunal selon les besoins relatifs à chacune.

Un autre service médical de plus est disponible pour celles qui le désirent. Ce service permet de faciliter la communication avec le Service d’agression sexuel, par le biais d’un groupe de médecins et d’infirmières spécialisés situé à l’Hôpital des femmes de la Colombie-Britannique (BC Women’s Hospital). Cette équipe effectue des examens médicaux auprès de ressortissantes d’agression sexuelle. Elle évalue entre autre la présence de dommages internes, elle avise et conseille la victime en cas de grossesse ou de maladies transmises sexuellement. Cette équipe médicale rassemble les preuves et les informations sur toutes les blessures occasionnées dans le cas où la ressortissante décide de porter plainte contre son agresseur.

WAVAW offre aussi des services de conseils individuels et anime des groupes de soutien pour aider les femmes à gérer le traumatisme qui suit une agression sexuelle.

Féministe et anti-oppression pour plusieurs raisons.

WAVAW utilise une grille d’analyse féministe et anti-oppression. Par une approche féministe, les intervenantes perçoivent l’agression sexuelle comme un déséquilibre de pouvoir. Leur méthode d’intervention vise à redonner le contrôle et le pouvoir à une personne qui en a été dépourvu lors d’une agression sexuelle. Selon leur conviction, la première étape dans un processus de guérison est de laisser la ressortissante décider elle-même de ce dont elle a besoin. C’est donc à cette fin que les intervenantes de WAVAW trouvent important de ne pas influencer la personne sur ce qu’elle devrait faire, mais plutôt de soutenir les choix du ressortissant sans laisser transparaître les opinions de l’intervenante.

L’analyse anti-oppression est, quant à elle, basée sur les dynamiques de pouvoir. Suivant le concept de dynamiques de pouvoir, les femmes de WAVAW affirment que moins une personne détient de pouvoir dans la société, plus elle est susceptible de devenir victime d’agression sexuelle. Certains groupes de personnes seraient donc ciblés davantage par rapport à d’autres comme par exemple les femmes le sont plus que les hommes, celles avec un handicap le sont plus que celles sans handicap et les autochtones le sont davantage que les femmes blanches. Cette dynamique de pouvoir se base sur l’identité de la personne, et va ultimement influencer la manière dont une personne se remet de l’expérience subie. Certaines communautés apportent moins de soutien aux femmes qui ont été agressées sexuellement. Par exemple, une femme peut être stigmatisée si sa communauté refuse, pour son image, d’être associée à une agression sexuelle. Une coordonnatrice nous confiait en entrevue que lors d’un accompagnement d’une femme auprès de la police, celle-ci avait subi un traitement raciste par l’agent, ce qui est bien la dernière chose qu’une ressortissante a besoin pour surmonter le traumatisme et retrouver à sa dignité.

Vers une démystification du viol

Une des missions des femmes de WAVAW est de faire la lumière sur les mythes reliés au viol. Auparavant, la loi définissait le viol de façon très étroite aidant à faire vivre, encore aujourd’hui, de faux stéréotypes. Voilà une des raisons qui explique pourquoi WAVAW utilise judicieusement le terme d’agression sexuelle (sexual assault) de manière à inclure un plus grand spectre d’actes et d’expériences. Les mythes sur le viol sont importants pour comprendre les effets de l’agression sexuelle. Les ressortissants d’agression sexuelle se culpabilisent souvent et ce, essentiellement parce qu’ils ont assimilés ces mythes. Par exemple, cette mythologie propage l’idée que certaines femmes provoquent le viol par la façon dont elles sont vêtues et qu’elles agissent. Chez les hommes la croyance répandue est qu’un homme ne peut pas être violé et ce, particulièrement pas par une femme. Selon leur expérience, lorsqu’une personne est victime d’agression sexuelle, c’est son entière identité qui s’en trouve affectée, particulièrement au niveau des sentiments de confiance et de bien-être. Les mythes sur le viol aggravent les troubles identitaires provoqués par celui-ci.

Dans le but de démystifier le viol, WAVAW a démarré un projet pour les jeunes femmes (Young Women’s Project) à l’Université de Colombie-Britannique avec l’aide d’une vingtaine de bénévoles. Ils travaillent principalement sur la sensibilisation et la conscientisation sur la question de l’agression sexuelle chez les femmes entre 14 et 25 ans, le groupe d’âge le plus susceptible. Un groupe de travail au Young Women’s Center de l’Université informe les femmes sur ce qu’est l’agression sexuelle, sur leurs droits et sur la notion de consentement, particulièrement dans les situations impliquant la consommation de drogues ou d’alcool. Les services conseils qui sont offerts aux jeunes femmes sont aussi adaptés pour tenir compte de l’implication des parents et de gens de leur entourage.

De plus, pour rendre le soutien face à l’agression sexuelle plus accessible pour les travailleuses du sexe, une organisation du nom de WISH a été créée au centre-ville de Vancouver. Le personnel de ce centre de ressources a reçu une formation longue durée sur l’agression sexuelle offert par les travailleurs de WAVAW.

Des coupures qui font mal.

Enfin, WAVAW est financièrement supportée par des dons personnels, par BC Women’s Hospital, par la contribution des étudiants de Université de la Colombie-Britannique et par des collectes de fonds. Le financement qui demeure le plus incertain à l’heure actuelle, est celui provenant du gouvernement. En effet, avec le soucis de « briser un cycle de dépendance », le gouvernement Libéral de Gordon Campbell a déjà coupé 40% de leur subvention, et vont cesser toute contribution financière d’ici avril 2004. Cet argent sert majoritairement à financer la ligne d’urgence 24hrs, un service perçu indispensable pour les victimes d’agression sexuelle. Comme notre amie de WAVAW disait « personne ne veut être agressé sexuellement », mais pas moins de la moitié des femmes en Colombie-Britannique seront agressée sexuellement au cours de leur vie. Malgré ces coupures, les travailleurs et bénévoles de WAVAW ont bien l’intention de soutenir toutes les femmes victimes d’agression sexuelle, et ce sans discrimination.)

 

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